I. Histoires naturelles du diamant
Hubert Bari et Emmanuel Fritsch
(Extraits)
La perfection a huit faces et six sommets : loctaèdre
La forme géométrique qui domine cet inventaire de la nature est indiscutablement loctaèdre, double pyramide à base carrée, dont les sommets la firent appeler " pointe naïve " en vieux français. Deux octaèdres sortent du lot de la De Beers. Lun mesure deux centimètres, il a la transparence du verre (les diamantaires anglo-saxons nomment dailleurs de tels cristaux glassies de glass, " verre " en anglais) et trône, paré de sa forme magique qui symbolise doublement léquilibre lisible dans une pyramide. La double pointe forme un cristal parfait, vers le haut comme vers le bas. On ne peut sempêcher de songer, en le découvrant, aux récits des anciens alchimistes, à la littérature de science-fiction et aux nouvelles lubies philosophiques pseudo-curatives qui prêtent à de telles formes des pouvoirs énergétiques et vitaux. Lobjet savère indiscutablement beau, impressionnant, et bien rares sont ceux qui ont eu le privilège de tenir de tels diamants entre les mains. Le deuxième octaèdre est jaune, ses faces paraissent moins lisses et plus troubles que celles de son congénère. Des sillons, qui jouent les trublions uniquement en surface, ont un grain en triangle que les spécialistes nomment trigone. Quon ne sy trompe pas : la pierre, qui mesure près de quatre centimètres, est une gemme, sous cette peau marquée de rides géométriques. Les tailleurs savent quil ne faut pas se fier à la surface pour juger de la transparence dun diamant. Ils pratiquent ce quils appellent si poétiquement " louverture dune fenêtre ", pour regarder dans la pierre, en donnant un petit coup de meule.
Atomes légers pour pierre lourde
Il est curieux de lire, dans les textes des lapidaires hindous, que le diamant le plus pur est léger et quil flotte sur leau. Une telle idée va à lencontre du bon sens. Et pourtant
Un géologue spécialiste du diamant, de renommée mondiale et dont on peut certifier quil était sobre, a vu de ses yeux flotter des diamants dans des usines de lavage de kimberlite. Il suffisait de les récupérer à lépuisette, comme de vulgaires crevettes ! On peut tenter de donner une explication à cette étrange observation. Le diamant est dense, mais il a horreur de leau. Sa surface ne " mouille " pas et leau se conduit sur le diamant comme des gouttes jetées sur une plaque de réchaud électrique : elles prennent la fuite ! Ce curieux phénomène constitue lune des étranges propriétés de surface du diamant, qui repousse leau (effet de tension de surface, diraient les spécialistes). Imaginons des diamants très plats, des macles par exemple ou des lames de clivage : leffet de surface du diamant qui repousse leau peut savérer suffisant pour contrebalancer leffet de masse qui, normalement, devrait les faire couler. Un octaèdre, lui, évidemment, se noiera. Pas de mystère.
Lart des contraires en matière de conduction
Les électrons des atomes de carbone dans le diamant et dans le graphite se comportent de façon très différente. La conséquence est visuelle (lun est transparent, lautre est noir) mais aussi plus subtile. Ainsi, le diamant savère un excellent conducteur de la chaleur, au contraire du graphite. La gemme est un isolant électrique remarquable, là où le graphite conduit lélectricité. La conduction de la chaleur est extraordinaire dans le diamant. Elle surpasse tout ce qui est connu. Comme une espèce donde de choc, la chaleur se transmet rapidement dun atome à lautre jusquà quitter la pierre, à cause du réseau cristallin très rigide. Lorsque lon prend un diamant entre ses doigts, on ressent une sensation de froid due au diamant qui, instantanément, " prend " la chaleur du doigt et la déplace. Les diamantaires connaissent ce phénomène et posent les diamants sur les lèvres, très innervées et donc très sensibles, pour vérifier la bonne conduction thermique de la pierre. Cest un petit test parmi dautres pour sassurer de lauthenticité dune pierre. Le diamant se dilate à peine sous leffet de la chaleur : on peut le chauffer au rouge (800 °C) et le plonger dans de lazote liquide (- 195 °C) sans quil en souffre ! Soumis instantanément à une telle variation de température, nimporte quel autre corps non métallique éclaterait !
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