| II. Au-dessous du volcan : à la découverte de l'invisible
Violaine Sautter et Jean-Pierre Lorand
(Extraits)
Comprendre la formation du diamant et sa rareté en surface revient donc à comprendre la structure profonde de la Terre et sa dynamique interne. Pénétrer ce monde invisible, obscur et secret, voyager au-dessous du volcan, telle est lexploration indispensable pour que les questions suivantes trouvent une réponse : dans quel environnement le diamant se forme-t-il ? Comment croît-il ? Y a-t-il autant de carbone en profondeur quen surface ? À quelle époque le diamant sest-il formé par rapport à la longue histoire de notre planète ? Enfin, par quels mécanismes remonte-t-il en surface ?
Migration du diamant vers la surface
On laura compris, la patrie du diamant est le manteau terrestre, à plus de 150 kilomètres de profondeur. Le diamant est rare parce que le carbone manque sur son lieu de formation. Ensuite, il lui faut pouvoir remonter de telles profondeurs. Rares sont les volcans qui prennent naissance dans le domaine de stabilité du précieux minéral. Rappelons que les volcans les plus nombreux, ceux qui donnent les basaltes, naissent à 100 kilomètres de profondeur, au mieux. On sait enfin que le diamant ne devrait pas exister à la surface de la Terre (page 46). Pour éviter quil ne se transforme en graphite, la forme du carbone à basse pression, il faut donc quil soit remonté extrêmement rapidement. Le volcanisme kimberlitique est le seul capable de répondre à ces critères. Comme on la vu plus haut, la profondeur dorigine est connue par létude des conditions physiques de cristallisation des xénolithes et des inclusions silicatées dans les diamants. Mais comment et pourquoi un volcanisme se forme-t-il dans le manteau solide à de si grandes profondeurs ? Quest-ce qui propulse le magma kimberlitique à des vitesses quaucune lave sur Terre ne peut égaler ? Les réponses à ces questions sont à rechercher autant dans le mode de gisement des kimberlites en surface que dans la nature même de la lave.
Le diamant est parfaitement accidentel en surface
Lorsque le diamant sembarque finalement dans la kimberlite pour son ultime voyage vers la surface, il nest quun passager parmi dautres en provenance du manteau. Cest la durée extrêmement brève du voyage dans la lithosphère qui la sauvé dune mort certaine. Les kimberlites lont amené en surface il y a 100 millions, voire 1 milliard dannées suivant les régions. Si en 1 milliard dannées à la surface, le diamant nest pas redevenu graphite, cest quil fait trop froid. En effet, les changements de structure cristalline constituent des phénomènes très lents, qui se produisent sur des milliards dannées, et dont la vitesse varie en fonction de la température. La chaleur facilite les transformations car elle agite les atomes qui sortent de leur site dorigine, au point de casser les liaisons chimiques entre atomes existants et den construire dautres, mieux adaptées aux conditions du milieu ambiant. Mais à la surface de la Terre ou dans les premiers kilomètres de croûte, la température est faible au regard de ce qui se passe dans les profondeurs terrestres : 25 °C par rapport aux 1 200 °C présents lors de la formation du diamant, la différence est de taille. En conséquence, en surface la durée de la transformation du diamant en graphite se mesure en dizaines de milliards dannées. Les possesseurs de diamants peuvent donc se rassurer, ce nest pas demain quils verront leurs joyaux limpides se transformer en vulgaire mine de crayon !
La rareté du diamant entre pour beaucoup dans son prix. Dans les mines, il faut concasser plus de 100 tonnes de kimberlite pour extraire quelques carats (soit quelques grammes) de ce précieux minéral. Cest bien la machine fabriquant le diamant naturel, la Terre, qui reste la grande responsable de cette rareté, plus que les aléas de lexploration minière. En résumé, le diamant est rare car il ne pousse que dans le manteau où sa matière première, le carbone, est rare. La convection, qui met la Terre sens dessus dessous, est venue compenser cette rareté en entraînant dans le champ de formation du diamant un peu de carbone déposé dans les carbonates des planchers océaniques. Et puis, pour remonter indemne, il lui faut dabord être stocké à la base des racines lithosphériques sous les plus vieux continents. Viens alors lattente dun hypothétique ascenseur, suffisamment rapide pour ne pas laisser au diamant le temps de changer de structure. Cet ascenseur, la kimberlite, est elle-même le fruit de la rencontre fortuite entre un panache de matière très chaude, saturée en gaz issu des abysses du manteau, et le culot des racines froides et rigides des plus vieux continents. Cet ascenseur na pas forcément la chance de rencontrer sa précieuse cargaison : beaucoup de kimberlites sont remontées à vide, faute davoir intercepté le " filon ". Le diamant est donc parfaitement accidentel en surface. Seule une séquence dévénements exceptionnels a permis à ce minéral rare de sortir de lobscurité pour attiser de ses mille feux la convoitise humaine.
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