III. Diamants, poussières d'étoiles Hugh Hill et Violaine Sautter
(Extraits)
Le voyage au-dessous du volcan nous a montré que le diamant est un minéral terrestre par excellence, issu des grandes profondeurs de la planète. Des astrophysiciens prétendent cependant que des diamants identifiés dans certaines météorites, ces pierres tombées du ciel, seraient issus du vide glacé intersidéral. Que les amateurs de joyaux gardent leur calme : ces diamants venus dailleurs ne concurrenceront jamais nos diamants terrestres. Ces " brillants " extraterrestres sont en effet un million de fois plus petits quun grain de sucre. Mais, si petits soient-ils, ils tournent la tête des scientifiques depuis près de quinze ans. Il sagirait de poussières détoiles âgées de plus de 4,6 milliards dannées, donc plus vieilles que notre Soleil et son cortège de planètes. Elles
se seraient formées quelque part dans notre galaxie, en un lieu que les scientifiques nont pas
encore identifié avec certitude, probablement dans lenveloppe gazeuse et ténue de quelque
étoile lointaine. Comment ces diamants microscopiques sont-ils ensuite allés se ficher dans des météorites qui font partie intégrante de notre système solaire ? Là, le mystère sépaissit. Quel scénario incroyable faut-il imaginer pour acheminer jusquà nous dans le temps et dans lespace ces poussières détoiles lointaines ?
Des intrus présolaires dans les météorites primitives
Tout a commencé le 14 mai 1864 à Orgueil, petit village du Tarn-et-Garonne, à 80 kilomètres de Toulouse, avec la chute dune météorite primitive très riche en carbone (repr. page ci-contre). Les météorites sont des fragments de planètes formées en même temps que la Terre. Elles proviennent pour la plupart de la ceinture dastéroïdes, petites planètes rocheuses (environ 930 kilomètres pour la plus grosse) gravitant entre Mars et Jupiter. Elles représentent pour le chercheur un véritable don du ciel, car elles permettent de comprendre lorigine et lhistoire de notre système solaire. Ce sont les plus vieilles roches datées. Leur âge est celui de la formation de la Terre, soit environ 4,55 milliards dannées. Plus de 80 % dentre elles sont dites primitives, car elles sont issues de planètes si petites que leur matériau dorigine a encore la composition solaire. En effet, seules les grosses planètes de la taille de la Terre, de la Lune ou de Mars ont fondu partiellement au tout début de leur histoire, grâce à leur chaleur initiale, pour subir un processus de redistribution des matériaux en couches distinctes. Les matériaux métalliques les plus denses ont migré vers le centre pour former le noyau, alors que les silicates ont migré vers la surface pour former le manteau et la croûte légère. Les spécialistes appellent cela la différenciation. Mais, à cause des effets de marée causés par Jupiter, de tels corps planétaires, semble-t-il, nont pas pu se former au niveau de la ceinture dastéroïdes, le principal réservoir en météorites. La majorité des chutes de pierres est donc constituée dobjets primitifs non différenciés. Ils renferment à parts égales métaux et silicates sous forme de petites sphérules micrométriques appelées chondres, doù leur appellation de chondrites. Chimiquement, ces météorites primitives ont la même composition que latmosphère la plus externe du Soleil, la photosphère solaire moins les gaz légers qui se sont échappés. Ces météorites primitives ont toutes été formées à partir du même nuage de poussière et de gaz, la nébuleuse solaire qui a donné, par condensation, naissance au système solaire. On comprend dès lors que ces météorites ont valeur de témoins exceptionnels.
La chondrite primitive dOrgueil est ainsi un témoin tout spécialement bavard. Elle se révèle être un messager providentiel, non seulement du système solaire mais peut-être de lUnivers tout entier. Elle véhicule des matériaux venus dailleurs, dune région de lUnivers située au-delà de notre système solaire. Cette météorite, très primitive, renferme de nombreux isotopes extrêmement bizarres découverts dans les années soixante. On parle danomalies isotopiques.
Les atomes sont formés dun noyau avec des électrons en orbite, et toute la masse se trouve concentrée dans le seul noyau. La taille de latome est inférieure à langström. Son noyau est formé de deux types de particules : les protons et les neutrons. Cependant, les atomes dun même élément chimique peuvent avoir une masse légèrement différente, car ils nont pas le même nombre de neutrons. Prenons lélément le plus simple et le plus abondant de lUnivers : lhydrogène. Lessentiel des atomes dhydrogène a une masse 1, car ils ont juste un proton et pas de neutron. Dans lUnivers, une très faible proportion des atomes dhydrogène est légèrement plus lourde, de masse 2, car ceux-ci contiennent dans leur noyau un proton et un neutron. Ainsi le carbone a trois isotopes : le carbone de masse 12, le plus abondant, puis ceux de masse 13 et 14, beaucoup plus rares. Cette différence constitue les isotopes dun atome. Notons que les isotopes dun même élément possèdent tous le même nombre délectrons. Les électrons permettent, par les types de liaison quils peuvent établir avec dautres atomes, lexistence des réactions chimiques. Si un élément donné ne subit pas de désintégration radioactive ou ne se fractionne pas à la suite de processus consommant préférentiellement un isotope par rapport à un autre, le rapport isotopique de lélément reste constant au cours du temps pour un milieu donné. Il devient donc la signature de ce milieu.
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