VI. De futile à l'utile Micheal Seal et Hubert Bari
(Extraits)
Les nostalgiques se souviennent encore des bons vieux tourne-disques et de leurs galettes noires. Les Beatles lançaient leur Lucy in the Sky with Diamonds grâce au miracle
dun diamant qui explorait la longue spirale dun microsillon. Cette technique et son grattement si caractéristique sont désormais rejetés au rayon des antiquités, ou peu sen faut, mais ce nétait de toute manière quun modeste usage de cette gemme hors pair. Le diamant a en effet pour lui dêtre dur, très dur. Cest même la plus dure des matières actuellement connues. Tout le monde le sait, à commencer par les industriels qui lui trouvent de multiples usages. Tailler, couper, trancher, user, tréfiler, cette pierre est corvéable à merci, ne serait-ce quà son propre profit : sans diamant, point de taille de diamant ! Il ny a donc rien détonnant à ce que la dureté ait été la première raison de développer toute une panoplie doutils diamantés. La révélation, dans la seconde moitié du xxe siècle, de propriétés autrement plus étranges de cet assemblage de carbone a provoqué un regain dintérêt pour lui : le diamant a même été baptisé " molécule de lannée " en 1990 par la célèbre revue américaine Science, et cette molécule constitue aujourdhui le thème de recherche dau moins trois mille savants dans le monde. Ces chercheurs sinscrivent dans la lignée des pionniers qui ont tenté, puis réussi, la fabrication de diamants artificiels, des hommes exceptionnels dont lhistoire mérite dêtre contée. Ainsi, le diamant nest pas quun joyau futile. Il représente également un enjeu économique et technologique qui continue à bouleverser lélectronique et la science des matériaux.
Le diamant, un outil irremplaçable
Cest évidemment pour sa propre taille que le diamant devient instrument de base. Dès la fin du xive siècle, lorsque la taille est inventée en Italie, le besoin de poudre de diamant se fait sentir. Rien en effet ne peut user la précieuse gemme, si ce nest sa propre poudre. On apprend très vite à réaliser de la poudre de diamant en martelant des diamants impurs, ou des fragments, entre des feuilles de plomb pour conserver toute la poussière. Cette poussière est ensuite maintenue en suspension dans lhuile : la préparation pour la taille de la pierre est prête, et rien ne changera durant des siècles. La poudre de diamant est ainsi devenue un article de commerce essentiel. À la poudre à tailler et polir sajoutent les outils à graver, et bien sûr le fameux " diamant " des vitriers, un outil déjà signalé dans le manuscrit 165 du couvent Saint-Sauveur de Bologne, daté de la première moitié du xve siècle : « Si tu veux couper du verre ou faire de petits miroirs à partir dun grand, prend un diamant et raye le miroir avec la pointe de la pierre, et immédiatement trempe la plaque dans leau. Elle va se casser immédiatement en tapant la plaque avec dextérité quel que soit lendroit où est passé le diamant.»
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