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VIII. Pointe, table, rose, cœur, marquise, brillant...

Hubert Bari et Bernard Morel
(Extraits)

On ne le dira jamais assez, le diamant révèle ses qualités optiques par la taille. Certes, à l’état brut, déjà, il dévoile une faculté naturelle à réfléchir la lumière et il possède un éclat particulier, l’éclat adamantin. Ce mot désigne un éclat vitreux, un peu gras, que l’on retrouve aussi dans d’autres minéraux. La topaze, avec laquelle les Brésiliens confondaient parfois le diamant, possède elle aussi un éclat adamantin. À cette propriété s’ajoute, pour le diamant, celle de la dispersion de la lumière. Le diamant jette alors ses fameux feux colorés. Ces propriétés sont valorisées par la taille, à condition de respecter les lois de l’optique propres à chaque minéral. Dans le cas du diamant, la valorisation de l’éclat se trouve compliquée par la dureté extrême de la gemme, qui n’est taillable que par sa propre poudre. Comme de plus le diamant demeure fort rare et que la taille en ampute une bonne partie, son évolution, de la forme naturelle à un objet d’art travaillé, a été longue.

L'invention de la taille en brillant


Benvenuto Cellini lui-même, dans son traité d’orfèvrerie publié un siècle auparavant, en 1568, nous livre des détails très précis sur la taille du diamant : « Un diamant est frotté contre un autre jusqu’à ce que l’on obtienne les faces désirées. La poudre qui en est tombée est récupérée pour la finition. À cette fin, on sertit la pierre dans des coquilles en étain ou en plomb fixées à un bras en bois et posées sur un disque métallique enduit de cette poudre de diamant et d’huile. » Tout est dit dans ces quelques lignes. Les principes permettant de tailler le diamant à volonté sont réunis : le sertissage solide de la pierre dans le dop, la poudre dans l’huile et le disque métallique. Il ne reste plus qu’à s’affranchir de l’habitude de respecter le poids maximal, pour privilégier les effets de lumière, et la taille peut évoluer vers le brillant.

Des versions évoluées des tailles tables, avec de multiples facettes sur les angles, tendent justement à montrer une évolution naturelle vers le brillant. Toutes les caractéristiques sont là en effet : la face réfléchissante du sommet, la future couronne et le pavillon sous la pierre, constitué de la partie inférieure de l’octaèdre. Probablement est-ce ainsi que l’idée de brillant est née : par tâtonnements progressifs. Des tailleurs ont dû remarquer que certaines formes déclenchaient des effets optiques étonnants, la dispersion de la lumière donnant les « feux » colorés. Par approches successives, ils ont été amenés à cerner ces phénomènes optiques et à définir une forme ayant le meilleur " rendement "
possible en feux et une brillance maximale.

©Musée de la civilisation RETOUR