X. Les diamants des Grands Moghols et des mahârâjahs
Amina Okada
(Extraits)
Patrie des gemmes, lInde attribue à ces dernières une origine miraculeuse. Une antique croyance les dit issues du corps dun démon (asura) foudroyé par les dieux et dont la dépouille mortelle livra des " montagnes de pierreries ". Des os de ce démon dénommé selon les textes Bala ou Vajra naquirent les diamants, de ses dents les perles, de son sang les rubis, de sa bile les émeraudes, de ses yeux les saphirs, de son cri lil-de-chat, de sa peau les topazes, de ses ongles le chrysobéryl, de sa lymphe le grenat, de son chyle la cornaline et de sa graisse le cristal et le corail. À peine le corps de lasura avait-il livré sa moisson de gemmes quêtres célestes et demi-dieux semparèrent des pierreries afin de les faire connaître dans les trois mondes. " Dieux, Yaksas, Siddhas, Serpents firent un grand pillage de cette semence de pierreries. Dans leur vol précipité à travers le limpide espace, ils en laissèrent tomber ; et partout où quelque chose en tomba, dans la mer, les rivières, les montagnes, les forêts, cette semence, par son inconcevable poids, forma des gîtes. " (L. Finot, Bibliographie générale.) Ainsi les anciens traités de gemmologie expliquent-ils la localisation géographique des gisements de pierres précieuses dans les montagnes, les mines ou les lits des rivières. Outre les créatures célestes et divines, les Grahas (les " Saisisseurs "), déités des astres et des planètes, firent également main basse sur ces monceaux de pierreries, jetant leur dévolu sur certaines dentre elles en particulier, qui leur furent dès lors associées : le soleil se saisit du rubis, la lune de la perle, Mars du corail, Mercure de lémeraude, Jupiter de la topaze, Saturne du saphir, Râhu (le démon de léclipse) de lhyacinthe, Ketu (la comète) de lil-de-chat et Vénus du diamant. Cest ainsi que les pierres précieuses furent investies des propriétés bénéfiques ou maléfiques attachées aux astres et aux planètes auxquels elles se virent symboliquement associées.
|