Si, au début de ce XXIe siècle, le droit de vote pour les femmes et une place respectable dans notre société semblent être des droits acquis, il n’en fut rien aux siècles précédents. En effet, le droit de vote, partiellement acquis grâce à l’Acte constitutionnel de 1791 qui accorde à certains propriétaires et locataires, sans distinction de sexe, la qualité d’électeur, fut retiré en 1849, sous le ministère Lafontaine-Baldwin.
Il faut donc attendre l’aube du XXe siècle pour que s’amorce un véritable mouvement suffragiste. Cette lutte, qui débute d’abord au niveau fédéral, sera réussie en 1918. Toutefois, si plusieurs provinces canadiennes entrent très tôt dans ce mouvement, les Québécoises en sont exclues. En effet, les adversaires sont nombreux : le clergé, les politiciens, les journalistes et même la majorité des femmes. Bref, la société québécoise en général ne favorise pas la participation politique des femmes. Malgré tout, grâce au combat de femmes résolues et au soutien du premier ministre Joseph-Adélard Godbout, prend fin le 25 avril 1940 la discrimination électorale faite aux femmes. Cette victoire permet donc à celles-ci de poursuivre le combat pour leurs droits dans la société.
Femme de cœur, femme d’action : Thaïs Lacoste-Frémont nous présente, à travers la vie d’une femme remarquable, ce long combat des femmes pour l’obtention de leur droit électoral ainsi que pour leur place dans le monde. Tout en se prévalant de son rôle d’épouse et de mère, Thaïs Lacoste-Frémont est avant tout une femme d’avenir. En respectant ses convictions personnelles et religieuses, elle se démarque grâce à ses actions politiques mais également par sa plume prolifique et sa verve exceptionnelle. Elle fait partie de celles qui aideront à ouvrir les portes de la conscience collective afin d’améliorer la condition sociale de ses compatriotes.
La valeur historique, l’influence marquante de cette femme ainsi que sa respectabilité dans le milieu féministe et politique attirent l’attention de l’archiviste du Séminaire de Québec de l’époque, Mgr Arthur Maheux. Seul fonds privé féminin acquis par le Séminaire de Québec, le Fonds Thaïs Lacoste-Frémont fut offert officiellement par Claude Frémont, fils de cette dernière, le 14 juin 1964.
En résumé, ce fonds d’archives nous permet de découvrir, à travers la vie et la carrière de Thaïs Lacoste-Frémont, l’émergence du féminisme au Québec, la participation active des femmes dans les diverses sphères sociales et politiques, mais également le droit légitime de celles-ci à se définir davantage dans la société du XXe siècle.
Jeanne D’Arc Boissonneault, archiviste