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Complexe muséologiqueRéserve muséale et collections

D’une collection ethnographique vers une collection sociétale

Les textes de cette section sont tirés de la publication intitulée La Réserve muséale de la capitale nationale – Pour une conservation moderne et sécuritaire

Forte de ces orientations, la collection du Musée s’est donc enrichie de façon extraordinaire, passant de 50 000 objets en 1985 à environ 95 000 en 1995, et à 125 000 en 2003. Si l’on ajoute à cela les collections de philatélie, de numismatique, d’images saintes ainsi que les œuvres sur papier et les cartes déposées au Musée par les prêtres du Séminaire de Québec en 1995, le nombre d’objets rassemblés dans les diverses collections du Musée de la civilisation atteint près du quart de million, sans tenir compte de la bibliothèque et des archives.

Aujourd’hui, le rattrapage étant fait, le développement de la collection est orienté par des axes révisés. Avant de présenter le projet de la réserve muséale de la capitale nationale, il convient de jeter un regard qualitatif sur ce développement. Pour voir un aperçu des collections et des fonds (PDF, 82 Ko).

Un premier noyau
La collection ethnographique du Québec, prise en charge par le Musée de la civilisation en 1985, s’est élaborée sur une période d’environ 60 ans. Divers organismes et collectionneurs privés en ont marqué la facture et l’intérêt, mais l’ensemble conserve une forte cohérence. En effet, la grande majorité des quelque 50 000 objets qui en font partie illustrent surtout les modes de vie autochtones et « canadiens-français » au XIXe siècle et durant la première partie du XXe siècle.

Si l’année 1927 marque les débuts de la collection ethnographique du Québec, son démarrage est relativement lent. Une compilation d’ensemble précise que quelque 20 années plus tard, soit en 1941, au départ de Pierre-Georges Roy, premier conservateur du Musée de la Province de Québec (aujourd’hui le Musée national des beaux-arts du Québec), la collection des « choses canadiennes », comme elle est nommée alors, dépasse à peine la centaine d’objets. Au cours du mandat de Paul Rainville, de 1941 à 1952, le nombre passe à près de 550. Lorsque Gérard Morrisset assume la direction du Musée en 1953, la collection s’accroît en moyenne de plus d’une centaine d’objets par année, pour atteindre son rythme de croisière vers 1965 alors qu’elle dépasse les 1 000 pièces. Mais il faudra attendre l’arrivée de grandes collections privées pour que cet embryon prenne véritablement l’allure d’une collection nationale.

La collection Coverdale
L’année 1968 marque une étape importante dans le développement des collections ethnographiques. Le gouvernement du Québec se porte alors acquéreur de l’illustre collection Coverdale, aussi appelée « Tadoussac » ou « Canada Steamship Lines ». Cette collection de près de 2 500 pièces comporte un volet autochtone et un volet canadien-français.

Les objets qui composent le volet amérindien proviennent de l’Amérique du Nord. Cependant, des quelque 75 groupes culturels représentés par les 800 objets qui font partie de cette collection, la majorité est localisé au Québec. Vêtements et parures, armes, raquettes, porte-bébés, étuis, contenants, jeux, instruments de musique, objets rituels et estampes informent sur divers aspects de la vie traditionnelle des Autochtones d’Amérique : habitudes alimentaires et vestimentaires, techniques de chasse et de pêche, modes de transport, divertissements, croyances, etc.

Autre fleuron de la collection, le mobilier ancien du Québec forme un ensemble des plus représentatifs des diverses fonctions aussi bien que des principaux caractères techniques, stylistiques et régionaux du mobilier traditionnel québécois. D’ailleurs, pas moins de 75 objets sont présentés dans l’ouvrage de Jean Palardy, sous la mention « Canada Steamship Lines ». Cette collection comprend aussi plusieurs autres ensembles d’objets tout aussi remarquables : de la vaisselle d’étain, de faïence, de terre cuite et de porcelaine, des luminaires, de la chaudronnerie, de la serrurerie, de la ferronnerie, des armes, sans oublier des objets du patrimoine autochtone ainsi que d’anciennes pièces de provenance nord-américaine.

La maison Chapais et la collection Lucie-Vary
Presque au même moment, Québec conclut une transaction amorcée en 1950 et devient propriétaire de la maison Chapais, de Saint-Denis-de-la-Bouteillerie, et de ses biens. L’univers d’une famille bourgeoise, dont l’histoire est intimement liée à celle du Québec, entre alors dans les collections d’État. En 1969, une collection privée, celle de Lucie-Vary, vient enrichir la collection nationale. Dans un rapport signé par Paul-Louis Martin, alors à la section ethnographique de l’Institut national de la civilisation, et contresigné par Robert-Lionel Séguin, cette importante collection, à la fois par la qualité et la diversité du contenu, est recommandée « sans réserve ». Elle totalise plus de 600 pièces comprenant des ensembles de meubles, de jouets, de girouettes, de moules à sucre et d’autres objets uniques comme des moules à cuillers en cuivre, un chauffe-pieds en fer-blanc, une lampe de pêche à l’anguille…

La collection du ministère de l’Agriculture
On ne peut passer sous silence la très intéressante collection du ministère de l’Agriculture, déposée au Musée du Québec en 1983. Celle-ci est principalement constituée de tapis, de couvertures et d’autres textiles à usage domestique, recueillis par le ministère de l’Agriculture à l’occasion de concours ou d’expositions provinciales. S’ajoutent à cela des céramiques de Beauce, ainsi que d’autres pièces de référence, à la fois des textiles et des céramiques, acquises à l’étranger (notamment en Iran, en Inde et en Chine) par Oscar Bériau, alors directeur de l’École des arts domestiques. Cette collection comprend 1 352 pièces. Enrichie en 2000 par 124 pièces, elle est finalement entièrement offerte en don au Musée de la civilisation.

Les collections autochtones
Les Archives nationales recueillent les premiers objets autochtones vers les années 1930, mais la collection acquiert véritablement ses lettres de noblesse en 1960, lorsque le ministère des Affaires culturelles confie au géographe Michel Brochu « le soin de repérer sur le terrain des objets-témoins représentatifs de la production inuite et crie du Nouveau-Québec7». Acquises par le ministère des Affaires culturelles en 1965-1966, les 800 sculptures qui composent la collection Brochu sont d’une inestimable richesse pour la collection nationale ethnographique. Dans les années 1970, plusieurs autres projets de recherche permettent d’enrichir les collections autochtones. Mentionnons les 54 objets usuels recueillis par les anthropologues de l’Association Inuksiutiit Katimajiit en 1971-1972, ainsi que les 230 objets en écorce de bouleau de fabrication attikamek et algonquine, rassemblés par l’anthropologue Alika Podolinski Webber en 1974-1975, enfin les 85 pièces d’artisanat récent et les 45 pièces ethnologiques rapportées de la baie James par Carole Lévesque et James Chism de 1975 à 1977. Par ailleurs, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, la Fédération des coopératives du Nouveau-Québec devient un important pourvoyeur d’œuvres d’art inuites pour le ministère des Affaires culturelles qui acquiert environ 800 pièces. Transférées par le Ministère au Musée du Québec, ces œuvres s’ajoutent à la collection ethnographique.

Ainsi, l’ensemble de la collection autochtone, incluant le volet amérindien de la collection Coverdale, regroupe environ 4 000 objets ethnologiques, historiques et artistiques.

7. Céline Saucier, « Les axes de développement des collections (Bilan de la collection) », Québec, Musée de la civilisation, 1987, ms, 120 p.

Une ère de consolidation et de développement
En plus de ce noyau dur qui, avouons-le, constitue encore le cœur de la collection, plusieurs autres fonds et collections sont venus consolider des secteurs. Pensons au mobilier, à l’art populaire, aux textiles, aux métiers, aux instruments de musique et aux accessoires de cuisine. D’autres collections ou objets, plus rares et plus tardifs, ouvrent des perspectives nouvelles qui répondent aux orientations de développement de la collection en comblant des secteurs non représentés ou sous-représentés. Songeons au secteur de la santé (fonds Lucien-Pouliot et Abraham-Shulman), aux métiers, en particulier les métiers d’art, celui de boulanger, d’avocat ou encore certains métiers de la communication. Par exemple, la collection Joseph-Cardin illustre admirablement la naissance au Québec de métiers liés à la radiodiffusion, au cinéma et à la photographie, bien que cette dernière collection déborde largement sur le loisir. Les communautés culturelles anglophones trouvent également leur place avec l’acquisition du fonds Milne. Celui-ci témoigne de plusieurs éléments de la vie d’une famille anglo-saxonne et loyaliste à Québec et dans les Cantons-de-l’Est. Aux collections du Musée de la civilisation se sont également ajoutés les principaux prêts à usage et les dépôts, dont celui des prêtres du Séminaire de Québec et celui du fonds de la Sécurité publique.

Les collections des prêtres du Séminaire de Québec
En 1995, le prêt à usage des fonds d’archives, de la bibliothèque des livres rares et anciens ainsi que des collections des prêtres du Séminaire de Québec est venu enrichir de façon admirable les collections du Musée. Pendant plus de trois siècles, en effet, le Séminaire de Québec a servi la cause de l’éducation par l’enseignement secondaire et universitaire, et a réuni des collections d’une valeur inestimable pour comprendre et illustrer l’implantation européenne en Amérique.

Les collections d’objets des prêtres du Séminaire de Québec sont divisées en cinq grands secteurs pour un total impressionnant d’environ 110 000 objets. On y trouve des collections scientifiques (instruments scientifiques et spécimens naturalisés), des collections anthropologiques qui témoignent tant de l’exercice des fonctions des prêtres sur le territoire que des relations internationales (objets amérindiens et inuits, égyptiens, chypriotes, asiatiques et africains, armes et armures, reliquaires), de beaux-arts (peintures, sculptures) ainsi que des collections d’arts décoratifs (orfèvrerie, mobilier, cristal, porcelaine, textile) et, enfin, des objets usuels.

Soulignons qu’au prêt à usage du Séminaire de Québec se sont ajoutés une centaine d’objets ethnologiques provenant des nations amérindiennes et inuite. Des manuscrits et des livres en langue autochtone ou traitant des peuples autochtones composent également une partie non négligeable de la bibliothèque.

Par ailleurs, l’arrivée des collections des prêtres du Séminaire de Québec imposait des expertises et des traitements particuliers. Ainsi, les archives historiques, la bibliothèque, la philatélie et les collections d’œuvres sur papier ont été attribuées à un service particulier et deux conservateurs se sont joints aux rangs du personnel du Musée de la civilisation. Au-delà de ces aspects, la mise en commun des collections ouvre des perspectives exceptionnelles de diffusion, d’étude et d’analyse.

Le fonds de la Sécurité publique
Comme le décrit Richard Dubé, directeur des collections du Musée de la civilisation de 1987 à 1997, c’est en 1997 que le « […] laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale du ministère de la Sécurité publique, connu autrefois sous le nom de « Laboratoire de recherches médico-légales », a confié au Musée l’important dépôt d’objets et de preuves judiciaires qu’il avait amassés au cours du XXe siècle. Ce fonds comprend des centaines d’objets de toute nature rattachés à des causes notoires comme à des procès ordinaires. Témoignant d’une histoire sociale et de l’évolution de l’administration de la justice, il contient des pièces à conviction présentées à des procès qui ont défrayé la manchette et demeurent célèbres, notamment l’affaire du Sault-au-Cochon, l’affaire Coffin, le vol à main armé de la Banque Hochelaga à Montréal et la crise d’Octobre en 1970. Ce fonds comprend aussi des objets qui retracent, par des procès et preuves judiciaires, des éléments significatifs liés à l’histoire urbaine au temps de la crise économique et aux années d’avant et d’après-guerre. Pensons ici aux pièces et documents relatifs au suicide, à l’avortement ou aux « faiseurs d’anges », aux nombreux types d’empoisonnement et aux fumeries d’opium. Certains objets conservent pour le profane un caractère insolite, sinon macabre. La présence des cordes de pendaison montées sur des plaques de bois et formant le nom du condamné montre l’évolution d’une société vis-à-vis de la peine de mort et le chemin parcouru au cours des dernières décennies. […] Le Musée gère ce fonds en dépôt dans une perspective de protection, de recherche et de mise en valeur. Les collections des organismes et institutions qui font partie de la collection nationale du Québec, et certains biens, à cause de leur signification, de la cohésion de leur ensemble, de leur potentiel de recherche et de diffusion et, surtout, à cause de la valeur de l’héritage qu’ils représentent, doivent être protégés de façon particulière. »


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