
Photo : Pierre Soulard

Photo : Pierre Soulard

Boiseries d’aujourd’hui
Reproduites à partir de modèles anciens, les boiseries ornent une pièce de la maison.
Photo : Musée de la civilisation
Les voutes de la Maison Estèbe abrtitent aujourd'hui la Boutique
Photo : Pierre Soulard
La maison construite pour Guillaume Estèbe et sa femme Élisabeth-Cécile Thivierge, en 1751, est l’un des joyaux du patrimoine architectural québécois. Le volume de cette habitation de 21 pièces, chauffées par huit foyers, devait probablement, à l’époque de sa construction, impressionner les concitoyens d’Estèbe. La maison Estèbe mesure environ 20 mètres de façade sur 15 mètres. Au-dessus d’une cave voûtée, elle compte deux étages; on y trouve aussi des combles et un grenier. Elle est traversée sur toute sa longueur par un mur central qui départage l’espace en une enfilade de pièces. La maison Estèbe est un bon exemple de demeure urbaine cossue de la première moitié du XVIIIe siècle. Son style est identifié à l’architecture classique française. Parmi les principales caractéristiques de ce style, notons la présence de bandeaux de pierre de taille indiquant la séparation des étages, d’un chaînage harpé aux angles et de corbeaux de pierre de taille sculptée.
Son histoire
Entre 1702 et 1751, la moitié de l’emplacement actuel du Musée a été graduellement constituée grâce à des empiétements sur le fleuve. Suivant ce mouvement, Guillaume Estèbe, en 1750, se fait concéder deux terrains. Cette concession, immergée à marée haute, oblige Estèbe à ériger un quai et à procéder au comblement du terrain, gagnant ainsi l’espace compris entre la maison et le quai. Durant la période 1758-1774, la maison Estèbe fut successivement occupée par différents propriétaires francophones. Mentionnons qu’elle a été épargnée lors de la guerre de la Conquête, probablement parce que son revêtement d’ardoise l’a protégée du feu. Une situation qui tient presque du miracle puisque la majorité des édifices de ce secteur ont été démolis ou sérieusement endommagés par les flammes.
Guillaume Estèbe
Guillaume Estèbe naît en France en 1701 et y meurt après 1779. Il arrive au Québec avant 1739. Durant son séjour dans la colonie, il épouse la fille d’un marchand de Beaumont, Élisabeth-Cécile Thivierge avec qui il aura 14 enfants. Comme d’autres membres de l’administration coloniale, il occupe simultanément ou alternativement plusieurs fonctions : conseiller au Conseil supérieur, directeur et administrateur des forges du Saint-Maurice, garde-magasin du magasin du Roy à Québec, entrepreneur en pêcheries de loups marins dans le Labrador, marchand-négociant et seigneur de Lagauchetière, une seigneurie de l’Île-de-Montréal. En 1752, Guillaume Estèbe s’installe dans la maison qui porte aujourd’hui son nom avec sa famille. Ils quittent le pays après 1759. Revenu en France, Estèbe et d’autres membres de l’ancienne administration coloniale dont l’intendant Bigot, son protecteur, ont maille à partir avec la justice française.
Ses boiseries
La maison Estèbe fut longtemps réputée pour la qualité de ses boiseries. C’est probablement Peter Stuart, alors propriétaire de la maison, qui entreprit, en 1789, de faire exécuter de magnifiques lambris en bois. La maison Estèbe se confirme encore plus comme maison bourgeoise cossue. Ses boiseries sont attribuées aux sculpteurs Pierre-Noël et François-Noël Levasseur, le premier étant celui qui conçut le retable principal de la chapelle des Ursulines de Québec. Les boiseries se composaient d’une série de panneaux moulurés, ornés de motifs chantournés asymétriques et de motifs rocaille, de style Louis XV et Régence. Les lambris revêtaient les murs de neuf pièces et de six manteaux de cheminées.
Les années se suivent mais ne se ressemblent pas.
1752-1818
Utilisation de la maison à des fins résidentielles
1818-1838
Utilisation à des fins mixtes, commerciales et résidentielles
1838-1851
Utilisation à des fins commerciales
1851-1917
Commercial Chambers
1917-1934
Abrite une succursale de la Banque Royale
1934-1951
?
1951
Inoccupée
1959
Classée « monument historique »
1984
Intégration au complexe du Musée de la civilisation. La maison Estèbe fait aujourd’hui partie du complexe muséal et loge, depuis 1986, une partie du personnel du Musée; les voûtes, elles, sont occupées par la Boutique; nous vous invitons chaleureusement à en faire la visite. Outre les voûtes, vous y trouverez un puits ancien. Le charme de cette architecture de pierre qui témoigne du passé de Place-Royale vous emmènera au cœur de l’histoire.