Les Iroquoiens du Saint-Laurent, peuple du maïs
Jusqu'au 9 mars 2008
Photo : Idra Labrie
Photo : Idra Labrie
Photo : Idra Labrie
Dès aujourd’hui, faites un bond de près de 500 ans dans le temps en visitant l’exposition
Iroquoiens du Saint-Laurent, peuple du maïs, présentée au Musée de l’Amérique française jusqu’au 9 mars 2008. Quelque 130 artefacts, provenant de sites archéologiques du Québec, de l’Ontario et de l’État de New York, font revivre ce peuple d’horticulteurs qui a introduit la culture du maïs dans la vallée du Saint-Laurent où ils ont habité jusqu’au XVI
e siècle.
Cette exposition a été réalisée et mise en circulation par Pointe-à-Callière, musée d’archéologie et d’histoire de Montréal.
« En raison de son site historique qui se veut un haut lieu de mémoire pour notre collectivité et à l’aube des fêtes du 400
e anniversaire de Québec, le Musée de l’Amérique française demeure l’endroit par excellence à Québec pour accueillir une exposition si riche en histoire et en découvertes », a affirmé madame Claire Simard, directrice générale du Musée de la civilisation.
L’étrange destin d’un peuple méconnu
Lorsque Jacques Cartier arrive, en 1534-1535, les Iroquoiens du Saint-Laurent sont déjà établis sur leurs terres depuis plusieurs siècles (selon certaines estimations, ils sont près de 10 000). De ses rencontres avec ces groupes, Cartier va abondamment parler dans ses récits. Étrangement, lorsque Samuel de Champlain arrive, 60 ans plus tard, il cherche en vain le long du fleuve les nombreux villages observés et décrits par son prédécesseur. Qu’est-il advenu de cette population horticole? Quelles traces a-t-elle laissées?
L’exposition livre les hypothèses les plus récentes apportées par les chercheurs sur cet épisode important de l’histoire amérindienne. Parmi celles-ci, et davantage que la détérioration des conditions climatiques ou les épidémies, se profile celle des guerres entre divers groupes amérindiens. Plus fréquentes, plus importantes, plus violentes, plus inquiétantes pour les vaincus au cours du XVI
e siècle, elles pourraient être à l’origine de la dispersion (et non pas de la disparition) des Iroquoiens du Saint-Laurent.
La plante qui changea la face d’un continent : le maïs
Domestiqué et cultivé depuis des millénaires (environ 5 500 ans) dans les régions subtropicales d’Amérique centrale, puis au Mexique, le maïs a mis beaucoup de temps avant de se répandre vers le nord du continent et d’atteindre la latitude limite à laquelle il peut pousser. Vers l’an 800, cependant, le maïs fait son entrée dans le sud-ouest ontarien. C’est aux Iroquoiens que nous devons son introduction et sa culture dans la vallée du Saint-Laurent. Au cours des deux ou trois siècles suivants, tous les groupes iroquoiens du nord vont se mettre à cultiver le maïs près de leurs habitations. Démographie, système de parenté, relations entre les groupes, et bien d’autres éléments encore, se trouveront à jamais modifiés par l’introduction de cette plante.
Le récit des objets domestiques
Ah! Si les objets domestiques pouvaient parler, que de choses ils pourraient nous raconter sur la culture, le mode de vie, les coutumes, voire les pensées de leurs propriétaires... Datant des XV
e et XVI
e siècles, ces artefacts sont autant d’éclats de voix qui font résonner le temps et l’espace d’où ils sont issus. Nul doute qu’ils affirmeraient que les femmes excellaient dans l’art de la poterie et de la céramique, dans la fabrication des vases en terre cuite selon une tradition transmise de mères en filles. Quand on jette un œil sur les motifs décoratifs que sont les ponctuations au roseau, ceux en épi de maïs ou ceux en échelle, on croit reconnaître la musique secrète qui scande leurs journées.
Quant aux hommes, on croit percevoir le geste qui les anime lorsqu’ils fabriquent leurs pipes, le souffle qui les inspire lorsqu’ils fument le tabac qu’ils ont cultivé, les réflexions et les rêves qui s’emparent d’eux lorsqu’ils font face aux effigies qu’ils ont tracées sur le fourneau même de leur pipe. Et puis, tant d’autres menus mais inesti¬mables objets nous rappellent que le quotidien n’est riche d’enseignements que pour ceux et celles qui savent voir et entendre avec leur cœur...
Une société où la femme occupe une place importante
La femme occupe une place bien particulière dans l’univers domestique des Iroquoiens. Dans cette société, la maison-longue abrite plusieurs familles d’un même lignage maternel. Quelques générations de femmes et de filles s’y côtoient, accompagnées de leurs époux et de leurs frères. À leur mariage, les hommes rejoignent la maison-longue de leur épouse. Sur le plan domestique, l’ampleur des tâches que la femme accomplit quotidiennement est impressionnante. De la préparation des semences à la confection de la farine de maïs, en passant par l’entretien et les récolte des champs au transport du bois de chauffage, sans compter leurs rôles de bouchère, cuisinière, couturière et, bien entendu, épouse et mère, la femme est au cœur de la grande forge quotidienne.
Les hommes à la chasse et les femmes au campement?
Bien que moins liés au quotidien immédiat, les travaux assumés par les hommes sont eux aussi essentiels. Ils construisent et entretiennent tous les ouvrages d’envergure
– maisons-longues et palissades –, assurent le défrichage initial des champs, s’occupent de la culture du tabac, fabriquent les pipes, les outils et les armes nécessaires à la chasse, à la pêche et à la guerre, ainsi que l’ossature des équipements de transport (raquettes, canots et toboggans). Ce sont eux qui partent au loin pour mener les grandes chasses et les pêches saisonnières, qui s’occupent du commerce, qui fournissent les chefs chargés de représenter le clan ou la nation dans les rituels diplomatiques, les alliances et les conseils... Autant de façons de conserver une part de ce nomadisme qui les a caractérisés si longtemps et qui se traduit ici par la mise en place d'un réseau complexe de relations politiques externes.
Iroquoiens du Saint-Laurent, peuple du maïs, une exposition qui, à travers la beauté singulière de ses artefacts, propose de prêter l’oreille et le cœur au bruissement intime de l’histoire d’ici.
Source : Pointe-à-Callière, musée d’archéologie et d’histoire de Montréal
Renseignements et réservations
Relations de presse : Agnès Dufour, 418 528-2358 /
courriel
Émis le : 31 mai 2007