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En Nouvelle-France, on se marie pendant la période d'arrivée
des navires, c'est-à-dire du mois d'août au mois d'octobre.
Accueillies à leur arrivée chez les religieuses
ou logeant chez des bienfaiteurs, les filles du roi étaient rapidement
mariées. Comme la population de la colonie était majoritairement
composée d'hommes, le choix des prétendants ne manquait pas
pour les nouvelles arrivantes. Elles pouvaient se permettre de choisir le
parti le plus avantageux, le mieux étant d'avoir une habitation.
En 1666, lors du recensement, on dénombre 719 célibataires
masculins agés de 16 à 40 ans et seulement 45 filles célibataires
dans la même tranche d'âge.
Mère Marie de l'Incarnation écrit, en parlant des hommes :
« les plus avisés commencent à faire
une habitation un an avant de se marier parce que ceux qui ont une habitation
trouvent un meilleur parti. C'est la première chose dont les filles
s'informent, et elles font sagement, parce que ceux qui ne sont point établis
souffrent beaucoup avant d'être à leur aise ».1
Les nouvelles épousées et leurs maris s'établissent sur des terres boisées,
en profitant des secours accordés par le trésor royal. Vivant
dans des maisons de bois rustiques, ils s'attaquent vigoureusement à
la forêt avec des outils primitifs et la force de leurs bras.
En 1665, Marie de l'Incarnation écrit :
« Ce païs est riche [...] les bleds, les légumes
et toutes sortes de grains y croissent en abondance. Néanmoins [cela]
n'empêche pas qu'il n'y ait ici un grand nombre de pauvres; et la
raison est que quand une famille commence une habitation, il lui faut deux
ou trois années avant que d'avoir de quoi se nourrir, sans parler
du vêtement, des meubles et d'une infinité de petites choses
nécessaires à l'entretien d'une maison : mais ces premières
difficultez étant passées, ils commencent à être
à leur aise, et s'ils ont de la conduite, ils deviennent riches
avec le temps, autant qu'on le peut être dans un païs nouveau
comme celui-ci. Au commencement ils vivent de leurs grains, de leurs légumes
et de leur chasse qui est abondante en hiver. Et pour le vêtement
et les autres ustenciles de la maison, ils font des planches pour couvrir
les maisons, et débitent des bois de charpante qu'ils vendent bien
cher. Aiant ainsi le nécessaire, ils commencent à faire trafic,
et de la sorte ils s'avancent peu à peu. »1
(1) Guy Oury. Marie de l'Incarnation, ursuline (1599-1672): correspondance. Solesmes, 1971.
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