Le 18 octobre 1667, soeur Marie de l'Incarnation écrit
qu'il est venu de France 92 filles qui sont déjà mariées, pour la plupart à des soldats (du régiment de Carignan-Salières qui
s'établissaient en ce pays) et à des gens de travail.
« C'est une chose prodigieuse de voir l'augmentation
des peuplades qui se font en ce pays. Les vaisseaux ne sont pas plutôt
arrivés que les jeunes hommes y vont chercher des femmes et dans
le grand nombre des uns et des autres on les marie par trentaine ».1
La fécondité des filles du roi est telle que Jean Talon pourra écrire à Louis XIV ce mémoire.
« Mémoire au Roi adrefsé
par M. Talon, sur l'état du Canada.
Fait à Québec, ce 2 novembre
1671
Sa Majesté pourra voir par l'abrégé
des extraits des Registres de Baptême dont j'ai chargé mon
Secrétaire, que le nombre des enfans nés cette année
est de six à sept cents, que dans les suivantes on en peut espérer
une augmentation considérable s'il y a lieu de croire que sans autre
secours des filles de France ce pays produira plus de cent mariages dans
les premières années, et beaucoup au delà à
mesure qu'on avancera dans le tems. J'estime qu'il n'est pas à propos
d'envoyer des filles l'année prochaine, afin que les habitans donnent
plus aisément en mariage les leurs aux soldats qui restent habitués
et libres. Il n'est pas non plus nécefsaire de faire pafser des demoiselles
en ayant reçu cette année, 15 ainsi qualifiées au lieu
de 4 que je demandais, pour faire des alliances avec les Officiers ou les
principaux habitans ici ».2
Avec l'apport des soldats du régiment de Carignan-Salières
et celui des filles du roi, la population de la Nouvelle-France, passe de 3 200, en 1663, à 6 700 en 1672.3Il y aurait eu approximativement 835 mariages d'immigrantes dans la colonie
pendant la période de 1663 à 1673, dont
774 impliqueraient les filles du roi.4
(1) Guy Oury. Marie de l'Incarnation, ursuline (1599-1672) : correspondance. Solesmes, 1971.
(2) Manuscrits de Paris (1631-1674).
Musée de la civilisation, fonds d'archives du Séminaire de Québec, Lettres O, n° 118.
(3) Jacques Lacoursière. Histoire populaire du Québec des origines à 1791. Montréal, 1995.
(4) Sylvio Dumas. Les filles du roi en Nouvelle-France. Québec, 1972. |