Le Baron Durham
L'Honorable John George Lambton, Baron Durham
Reproduction d'une gravure de Cochran,
daprès un dessin de Sir Thomas Lawrence, 1832
Musée de la civilisation, dépôt du Séminaire
de Québec (1993.16711)
Des lendemains qui déchantent
L'échec des insurrections va peser lourd sur le destin national des
Canadiens d'origine française. Un nouveau gouverneur, Lord Durham,
arrive au Bas-Canada, en mai 1838. Cinq mois plus tard, il retourne en Angleterre
et y présente son célèbre rapport.
Il y recommande l'union des deux Canadas, l'établissement de la responsabilité
ministérielle et suggère, à longue échéance,
une confédération des colonies britanniques d'Amérique
du Nord. Il conseille également la mise sur pied d'une vaste politique
d'immigration, afin de peupler les colonies de bons et loyaux sujets britanniques.
En portant un jugement sévère sur les Canadiens d'origine
française, il préconise leur assimilation.
Lord Durham sera écouté. Le 23 juillet 1840, le bill d'Union,
auquel son rapport avait donné lieu, reçoit la sanction royale
de Sa Majesté Victoria. L'Union entre en vigueur le 10 février
1841. Les deux colonies n'ont dorénavant qu'une seule Chambre d'Assemblée
dans laquelle le Bas-Canada, malgré une population plus nombreuse,
dispose du même nombre de députés que le Haut-Canada.
Le Rapport Durham (1839)
Extraits
« [...] Je n'entretiens aucun doute sur le caractère
national qui doit être donné au Bas-Canada : ce doit être
celui de l'Empire britannique, celui de la majorité de la population
de l'Amérique britannique, celui de la race supérieure qui
doit à une époque prochaine dominer sur tout le continent
de l'Amérique du Nord. Sans opérer le changement ni trop vite
ni trop rudement pour ne pas froisser les esprits et ne pas sacrifier le
bien-être de la génération actuelle, la fin première
et ferme du Gouvernement britannique doit à l'avenir consister à
établir dans la province une population de lois et de langues anglaises,
et de n'en confier le gouvernement qu'à une Assemblée décidément
anglaise [...]
Et cette nationalité canadienne-française, devrions-nous la
perpétuer pour le seul avantage de ce peuple, même si nous
le pouvions? Je ne connais pas de distinctions nationales qui marquent et
continuent une infériorité plus irrémédiable.
La langue, les lois et le caractère du continent nord-américain
sont anglais. Toute autre race que la race anglaise (j'applique cela à
tous ceux qui parlent l'anglais) y apparaît dans un état d'infériorité.
C'est pour les tirer de cette infériorité que je veux donner
aux Canadiens notre caractère anglais. Je le désire pour l'avantage
des classes instruites que la différence du langage et des usages
sépare du vaste Empire auquel elles appartiennent. [...] Je désire
plus encore l'assimilation pour l'avantage des classes inférieures.
Leur aisance commune se perd vite par suite du surpeuplement des réserves
où elles sont renfermées. S'ils essaient d'améliorer
leur condition, en rayonnant aux alentours, ces gens se trouveront nécessairement
de plus en plus mêlés à une population anglaise; s'ils
préfèrent demeurer sur place, la plupart devront servir d'hommes
de peine aux industriels anglais. Dans l'un et l'autre cas, il semblerait
que les Canadiens français sont destinés, en quelque sorte,
à occuper une position inférieure et à dépendre
des Anglais pour se procurer un emploi. La jalousie et la rancune pourraient
que décupler leur pauvreté et leur dépendance: elles
sépareraient la classe ouvrière des riches employeurs [...]
On ne peut guère concevoir nationalité plus dépourvue
de tout ce qui peut vivifier et élever un peuple que les descendants
des Français dans le Bas-Canada, du fait qu'ils ont gardé
leur langue et leurs coutumes particulières. C'est un peuple sans
histoire et sans littérature. [...] »
|