L'idée d'un fichier des collections est née d'une réflexion sur les archives du Séminaire de Québec (1). Il existe, dans le domaine des archives, une longue tradition qui repose sur une approche méthodologique du patrimoine à conserver et à diffuser. Avant d'ouvrir un fonds documentaire au public on en établit l'état général des fonds. « Tous les dépôts possèdent ou devraient posséder un guide du dépôt ou un état général des fonds (2). Ces outils indiquent aux chercheurs, pour chacun des fonds, ce que le dépôt possède, d'où viennent ces archives et quels instruments de recherche (préliminaires ou définitifs) les décrivent. » Ce document fondamental permet donc de situer le fonds et ses composantes. On y précise son origine et les personnes ou institutions qui ont contribué à son développement. On dresse ensuite la description des manuscrits, des photographies, des cartes et plans. Enfin, on y indique, le cas échéant, l'existence d'instruments de recherche pour y accéder. Du point de vue des chercheurs, c'est là un outil précieux pour comprendre la valeur et la richesse des documents qu'on y retrouve. Contrairement aux centres d'archives, les musées ont développé une approche différente des collections. On y traite les oeuvres et les objets à la pièce. D'ailleurs, depuis le développement des bases de données informatiques on a accéléré le processus d'inventaire des collections. Cependant, en traitant ainsi les objets à la pièce on tend à perdre le sens des collections. L'information se fragmente alors en zones spécifiques.Pour ce qui est des objets de collection, la problématique ressemble étrangement à celle des archives. En fait, les objets sont souvent acquis par collection, c'est-à-dire dans des ensembles cohérents. On peut donc établir un rapprochement entre fonds et collections. On définit généralement la collection comme un ensemble d'objets dont la réunion est le fruit d'un choix, d'une sélection. Ces objets sont généralement rassemblés intentionnellement par une source unique, une même personne ou une institution, et classés pour l'instruction, le plaisir ou l'utilité. Quant au fonds, il désigne « un ensemble de documents de toute nature réunis automatiquement et organiquement, créés et/ou accumulés et utilisés par une personne physique ou morale ou par une famille dans l'exercice de ses activités ou de ses fonctions (3) ». Partant de ces données on peut poursuivre les parallèles entre les collections muséologiques et les fonds d'archives. Si on y retrouve de nombreuses similitudes, la démarche méthodologique est inverse. En archivistique, on va du général au particulier en décrivant le dépôt, les fonds, les fonds particuliers, les séries, les sous-séries, les articles et finalement les pièces. En muséologie, la tradition veut qu'on décrive d'abord l'objet et ses composantes, les catégories, les sous-catégories et enfin les collections. Partant donc du spécifique au général on a tendance à perdre de vue la vision globale des collections. en archivistique et en muséologie |
Prenons un exemple tangible. Au Musée de la civilisation, il existe une collection des Jésuites. On y retrouve trois acquisitions distinctes mais complémentaires. La première se situe vers 1765 alors que les Jésuites transfèrent au Séminaire de Québec leur bibliothèque pour l'enseignement ainsi que des oeuvres d'art provenant du Collège des Jésuites. La seconde acquisition se fit en 1989 lorsque le Musée de la civilisation acquiert le Musée chinois de la Compagnie de Jésus. Enfin, en 1993, les Jésuites confient en dépôt au Musée de l'Amérique française (5) leurs collections d'oeuvres d'art et d'objets de culte de la maison Dauphine à Québec. Le Musée se retrouve donc aujourd'hui avec une collection des Jésuites constituée de trois acquisitions. En fait on peut parler, dans ce cas, de trois sous-collections qui forment un seul ensemble. Pour chaque sous-collection, on retrouve des objets et des oeuvres qui correspondent à différentes catégories. On y retrouve, par exemple, des objets personnels ou des objets de communication. Dans chacune de ces catégories, on retrouve des ensembles. Par exemple : du mobilier, des vêtements, des objets de culte, des tableaux, des oeuvres sur papier ou des livres. Depuis que les musées ont entrepris l'informatisation des collections, on essaie d'appréhender les collections en procédant à l'inverse de la méthode utilisée en archivistique. On part de la plus petite unité, c'est-à-dire l'objet, pour tracer un portrait des collections. C'est pourquoi, lorsqu'on consulte les bases de données informatisées des musées, on se rend compte qu'il y a très peu d'informations concernant le contexte de la collection. Les objets sont peu documentés et on perd souvent le lien naturel qui unit des collections particulières. En procédant à l'inverse, c'est-à-dire en établissant un fichier des collections, nous pourrons mieux comprendre nos collections et mieux documenter les objets. Compte tenu de la nature même des grandes collections dont le Musée de la civilisation a la responsabilité, il devient essentiel, à notre avis, d'accéder aux oeuvres et objets par le biais des grandes collections. C'est donc dans cet esprit que s'est développé le projet d'établir un fichier des collections du Musée de la civilisation. 1 Voir : Rapport du comité de réflexion sur le développement des Archives historiques du Séminaire de Québec, Québec, Musée de l'Amérique française, 1995, 112 p. 2 Michel Champagne et Denys Chouinard, Le traitement d'un fonds d'archives : ses documents historiques, Montréal, Université de Montréal, 1987. 3 Bureau canadien des Archivistes. Règles de description des documents d'archives. Glossaire, 1992, p. D 4. 4 Les références à la classification correspondent à la nomenclature de Chenhall. 5 Le Musée de l'Amérique française a été intégré au Musée de la civilisation en juin 1995. Les collections du Séminaire de Québec ont été confiées en dépôt à long terme au Musée de la civilisation. |