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Prise de Québec par les frères Kirke

De 1629 à 1632

La France et l’Angleterre convoitent le Nouveau Monde

Dès le début du 17e siècle, la France et l’Angleterre rivalisent pour s’approprier de nouveaux territoires en Amérique du Nord-Est. Les Français fondent Tadoussac en 1600 et Québec en 1608. De leur côté, les Anglais jettent les fondements de Jamestown en 1607 et de Plymouth en 1620.

En 1627, la France de Louis XIII et l’Angleterre de Charles 1er se déclarent officiellement la guerre. Peu après, le conflit va se répercuter jusque dans la colonie française du Nouveau Monde.

Les frères Kirke passent à l’attaque

L’Angleterre mandate David Kirke, natif de Dieppe, pour conquérir Québec et la Nouvelle-France canadienne. Il sera secondé par ses frères Lewis, Thomas, John et James.

C’est ainsi qu’en 1628 une flotte anglaise formée de trois navires accoste devant Tadoussac et en prend possession. Les hommes dirigés par les Kirke font ensuite main basse sur une petite ferme située à Cap Tourmente, utilisée jusque-là comme réserve à foin et endroit de pâturage pour le bétail des habitants de Québec. Les Anglais capturent les Français qui s’y trouvent, pillent les bâtiments et s’emparent du bétail. Puis ils interceptent un vaisseau transportant des vivres pour les colons de Québec.

Prenant progressivement le contrôle du fleuve Saint-Laurent, les frères Kirke envoient une délégation à Québec et somment Samuel de Champlain, alors commandant en poste, de livrer la colonie.

Samuel de Champlain riposte à l’ennemi

Pour Champlain, il ne saurait être question de se rendre à l’ennemi. Il consulte tout d’abord François Gravé du Pont, son proche collaborateur depuis 1603, et d’autres personnes en autorité. Il répond ensuite aux Kirke : les habitants ont amplement ce qu’il faut – armes et vivres – pour se battre pour leur patrie.

Ce bluff astucieux dissuade les Kirke d’attaquer, mais ils reviendront l’année suivante. Pendant ce temps, la disette s’installe à Québec. Champlain cherche à tirer profit des alliances avec les Amérindiens. Il leur demande, par exemple, de l’aider en fournissant de la nourriture et en hébergeant des Français pendant l’hiver à venir.

Sur le chemin du retour vers l’Angleterre, les frères Kirke s’emparent de quatre autres vaisseaux transportant des vivres et des colons vers Québec. En 1628 et durant l’année suivante, la capture des navires par les Kirke empêchera l’arrivée de plusieurs centaines de colons ainsi forcés de retourner en France, ce qui causera des pertes de centaines de milliers de livres à la Compagnie des Cent-Associés1.

La famine s’abat sur la colonie

Au printemps 1629, les habitants de Québec manquent de vivres depuis l’été précédent et souffrent de la faim sans en voir l’issue. Et voilà que les Kirke réapparaissent sur le fleuve, aux commandes d’une flotte plus imposante que celle de 1628. Ils ordonnent une seconde fois à Champlain de céder Québec.

À court de munitions et de vivres, Champlain décide de mettre fin à un siège de plus en plus intenable et risqué pour les colons. Le 19 juillet 1629, il cède la ville aux Anglais, 21 ans après la fondation de Québec.

Une fois capturé, Champlain apprend que des Français s’étaient mis au service des envahisseurs dans l’espoir de rester au pays.

La domination anglaise est de courte durée

Comme la plupart des Français qui sont à Québec au moment de la capitulation, Champlain est ramené en Angleterre, puis rapatrié en France. Là-bas, il apprend tout d’abord que non seulement Québec, mais aussi Port-Royal, Pentagouet et Cap-Breton, sont sous domination anglaise. Les premiers assauts contre l’Acadie ont en effet été donnés par d’autres commandants anglais dès 1626. On l’informe ensuite que la guerre entre la France et l’Angleterre avait pris fin trois mois avant que les Kirke s’emparent de Québec en 1629. Conséquence : la prise de la colonie est illégale et l’Angleterre doit la rendre aux Français.

Le 29 mars 1632, en vertu du traité de Saint-Germain-en-Laye, le conflit prend fin officiellement : Québec de même que les colonies et les terres d’Acadie devront être rétrocédées à la Couronne française.

Les Français organisent aussitôt des expéditions de ravitaillement et de transport pour regagner Québec.

La France est de retour

À Québec, en 1632, tout ou presque est à rebâtir et à redémarrer :

Nous mouillâmes l’ancre devant le fort [Saint-Louis] que tenaient les Anglais. Nous vîmes au bas du fort la pauvre habitation de Québec toute brûlée. Les Anglais, qui étaient venus en ce pays-ci pour piller et non pour édifier, ont brûlé non seulement la plus grande partie d’un corps de logis, que le père Lalemant avait fait dresser, mais encore toute cette pauvre habitation, en laquelle on ne voit plus que des murailles de pierres toutes bouleversées. Cela incommode fort les Français, qui ne savent où se loger2.

Paul Le Jeune, père jésuite

La même année, des marchands anglais profitent des effets de la première « conquête » de Québec par l’Angleterre pour faire du troc avec les Amérindiens sur les rives du Saint-Laurent et nuisent du même coup aux efforts de la Compagnie des Cent-Associés qui devait financer la fondation, l’envoi et l’entretien de colons avec les profits de la traite des fourrures.

D’autres expéditions, comme celles de William Phips en 1690 et de Hovenden Walker en 1711, surviendront avant l’assaut militaire final de la Grande-Bretagne en 1759-1760 contre la Nouvelle-France, soit Québec, Montréal et les seigneuries avoisinantes.

SUGGESTIONS DE LECTURE

ALLAIRE, B. « L’occupation de Québec par les frères Kirke », dans R. Litalien et D. Vaugeois (dir.), Champlain : la naissance de l’Amérique française, Paris et Sillery, Nouveau Monde éditions et Septentrion, 2004, p. 245-257.

CLERMONT, N., C. CHAPDELAINE et J. GUIMONT, L’occupation historique et préhistorique de Place-Royale, Québec, ministère des Affaires culturelles, 1992.

TRUDEL, Marcel. Histoire de la Nouvelle-France. III. La seigneurie des Cent-Associés, 1627-1663, t. 2 : « La société », Montréal, Fides, 1983.

 


1 Fondée en 1627 par le cardinal de Richelieu et Louis XIII, la Compagnie des Cent-Associés obtient le monopole de la traite des fourrures du Canada. En échange, elle doit financer la fondation et le peuplement de la colonie. En 1645, elle cède son monopole à la Communauté des Habitants, mais conserve ses droits et privilèges sur la Nouvelle-France. La Compagnie des Cent-Associés sera abolie par Louis XIV en 1663.

2 The Jesuit Relations and Allied Documents […], New York, Pageant Book Company, 1959, vol. 5, p. 38-40.