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LUDOVICA : HISTOIRES DE QUÉBEC

Une exposition originale et émouvante
La chemise de chair
Vêtement-sculpture : Lalie Douglas
Photo : Jacques Lessard

Suite à sa réouverture le 5 mai, le Musée de l'Amérique française convie le grand public à visiter la merveilleuse exposition Ludovica : histoires de Québec, présentée jusqu'au 4 septembre 2000. Amérindienne, fille du Roy, soldat, Irlandaise, religieux, bourgeois, fonctionnaire... tous ces personnages ont participé à la grande et à la petite histoire de la ville de Québec. L'exposition nous raconte leurs bonheurs, leurs tragédies issus du quotidien ou des grandes épopées qui, au fil des ans, ont tissé l'histoire de la ville de Québec. Une exposition qui a séduit les journalistes et conquis tous ceux qui l'ont visitée!


Une oeuvre poétique
Ludovica : histoires de Québec est plus qu'une exposition, c'est une oeuvre poétique en raison des textes et du scénario signés Michel Marc Bouchard. Ce dramaturge, bien connu dans le milieu théâtral, s'est en quelque sorte approprié l'histoire de la ville et l'a interprétée. En se basant sur des faits historiques, il a écrit dix-neuf dramatiques qui laissent entrevoir une réalité politique, sociale et culturelle qui dépasse les clichés habituellement véhiculés. Ludovica : histoires de Québec se visite à l'aide de casques d'écoute à infrarouges, ce qui permet de ressentir toute l'émotion que chaque personnage nous révèle : agonie, exaltation, fierté, angoisse, impuissance, découragement, étonnement.

Le vêtement : l'âme du personnage
L'exposition revêt un caractère poétique également en raison du médium visuel choisi par l'auteur : le vêtement. Il s'agit non pas de vêtements de collection mais plutôt de vêtements-sculptures créés spécifiquement pour l'exposition. Chacune des oeuvres est une interprétation artistique considérée comme étant l'enveloppe du personnage. Trois artistes, Lalie Douglas, Carole Baillargeon et Daniel Castonguay, se sont partagé la création des dix-neuf vêtements-sculptures. Pour ces artistes, les âmes de Ludovica sont vêtues de leurs vêtements les plus précieux, ceux qui ont été copiés directement de l'histoire et ceux que l'histoire nous a inspirés.

Des voix de Québec pour des personnages de Québec
Les trames sonores de l'exposition ont été réalisées par la Chaîne culturelle FM de Radio-Canada à Québec et plusieurs comédiens de Québec ont prêté leur voix aux personnages. Josée Deschênes personnifie une fille du Roy avide de liberté et une contremaîtresse de la Dominion Corset. Robert Lepage devient le Chevalier d'Éon, célèbre travesti et secrétaire de l'ambassade de France à Londres. Marie Gignac joue une novice qui doute à la veille de prendre le voile. Jacques-Henri Gagnon incarne un notable paniqué à l'idée de voir Québec conquis par le général Phips. Paul Hébert devient un journaliste témoin de l'effondrement du pont de Québec. Marie-Thérèse Fortin interprète une fonctionnaire réjouie de la création du syndicat.

Des objets symboliques et évocateurs
Dans la première partie de l'exposition, le visiteur est plongé d'emblée dans une atmosphère de recueillement nécessaire à l'écoute du premier récit intitulé : Les écarlatines de la mort. Tout autour du vêtement-sculpture, on évoque le contact entre Amérindiens et Européens. D'abord, deux lignes circulaires : l'une dans laquelle nagent des poissons représente le fleuve, l'autre constituée d'arbres miniatures rappelle qu'à l'origine Québec était une forêt. Ensuite, un ensemble d'artefacts archéologiques composé de chaussures symbolise la prise de possession du territoire. Ce choc des cultures, Michel Marc Bouchard l'a traduit en ces termes : pour un Amérindien, la terre est à tous, un arbre est un allié, le ciel est rempli d'esprits. Pour un Blanc, la terre appartient à quelqu'un, un arbre est un ennemi et le ciel n'a qu'un Dieu.

À l'étage, le visiteur est interpellé par une sorte de ronde de personnages mythiques illustrés par les vêtements-sculptures dont certains sont assez audacieux. À l'arrière de la salle, une série de documents d'archives sert d'ancrage historique aux récits diffusés. Finalement, au centre de la salle, douze installations de Daniel Castonguay évoquent l'eau, l'air, la terre et le feu de Québec. Ces installations entourent l'épilogue de l'exposition : une curieuse petite valise symbolisant notre mémoire et notre avenir.

Ludovica : histoires de Québec est un hommage au rêve de Champlain qui souhaitait donner à la ville la splendeur d'une grande cité européenne et la nommer Ludovica en l'honneur de Louis XIII. En parcourant cette exposition, on découvre que Québec est une ville exceptionnelle au destin exceptionnel.

Ludovica : histoires de Québec a été réalisée avec la collaboration de la Chaîne culturelle FM de Radio-Canada à Québec et de l'Aquarium du Québec et grâce à la participation financière de la Ville de Québec, du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Commission de la capitale nationale du Québec. Elle est toujours présentée au Musée de l'Amérique française à compter de sa réouverture le 5 mai 1999 jusqu'au 4 septembre 2000.

Serge Poulin

Émis le : 4 mai 1999.

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