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MÉTISSAGES
Vus par Robert Lepage

Une tour de Babel, un Théâtre anatomique, des cabinets de curiosités, une forêt tissée, des stèles de chiffres, un mur de la calligraphie… voilà des éléments symboliques, des images fortes qui veulent illustrer que l’être humain, la langue, la nature, les sciences, la technologie, tout est métissé! C’est le propos fascinant de l’exposition Métissages, présentée au Musée de la civilisation à Québec, du 3 mai 2000 au 29 juillet 2001, d’après une idée originale et une conception du créateur Robert Lepage. Une exposition audacieuse dans le contenu comme dans la forme.
Une exposition comme vous en avez rarement vue!

C’est en témoin privilégié du phénomène de mondialisation des cultures qu’au départ j’ai accepté de me lancer dans l’aventure de cette exposition. Mais, à ma grande surprise, cette thématique allait m’entraîner bien au-delà des considérations culturelles et me faire comprendre que la réalité du métissage implique jusqu’à la moindre fibre de ce qui constitue notre identité. Tous ces voyages, tous ces projets lointains […] qui devaient m’éloigner de mes origines n’ont finalement eu pour effet que de me ramener chez moi, transformé, mais authentique. Et c’est justement, ce tiraillement entre l’idée d’authenticité et celle que l’on se fait de la pureté qui est au cœur de cette exposition.

Robert Lepage


CULTURES ET SCIENCES… MÉTISSÉES

Cabinet "métal" : Alchimie domestique de Claudie Gagnon
photo : Jacques Lessard

Le métissage s’applique autant à des phénomènes culturels qu’à des manifestations scientifiques. Par des mises en scène impressionnantes où se côtoient œuvres d’art, objets, documents iconographiques, multimédias, l’exposition aborde de façon fort originale quelques questions importantes à l’aube du troisième millénaire : l’identité culturelle, le racisme, la transgénèse, la xénogreffe… Un Français « de souche » n’existe pas plus qu’un Québécois « pure laine » et le clonage est une forme de " mixophobie ", soutient Robert Lepage. D’autres constats : plus de 170 millions de personnes vivent dans un pays qui n’est pas le leur. Il existe 3 000 langues distinctes sans compter les dialectes locaux et patois régionaux. Avec l’utilisation du code à barres dans toutes les banques de sang, il est pratiquement impossible pour un Blanc de savoir si le sang qu’il reçoit provient d’un donneur noir. Accepteriez-vous que l’on vous greffe un cœur de porc (xénogreffe)? En somme, le cœur de l’exposition, c’est une réflexion sur la notion de pureté.

" SAUVEZ MON ÂME! "
Une notion d’impureté est associée au phénomène du métissage – l’étymologie du mot évoque d’ailleurs l’idée de « mal tissé », produit d’un mauvais tissage –. L’exposition relativise l’idée que l’on se fait généralement de la pureté et tente de démontrer que, peu importe nos origines, nous sommes tous des êtres métissés. Qu’il soit racial ou culturel, qu’il soit lié au clonage, à la transgénèse ou à la xénogreffe, le métissage pose finalement la question de l’identité et de l’âme : la peur de la perdre, de l’avilir, de la dénaturer dans le contact et le mélange avec l’Autre. L’exposition invite à dépasser cette peur pour explorer toute la richesse et le potentiel créateur que présente le métissage, un des modes de relations à privilégier pour le XXIe siècle.

UN VOYAGE INTÉRIEUR

Le traitement de l’exposition est plus impressionniste que didactique. C’est une invitation au voyage intérieur : c’est au visiteur de tracer son chemin et d’être confronté à l’idée qu’il est lui-même un être métissé.

Les deux grands thèmes de l’exposition sont incarnés par deux structures gigantesques :
la Tour de Babel et le Théâtre anatomique. Dans la Tour de Babel, il est question
de mondialisation des cultures et des sociétés. Onze alcôves présentent des visions percutantes, de l’éclatement de l’univers à la fusion des corps, de la séparation de l’androgyne initial à la réunion des couples. Une ascension en spirale qui mène à une chambre nuptiale, symbole de la fusion amoureuse, de la réunion des deux sexes.

Le Théâtre anatomique, qui rappelle les premières salles de dissection, propose un voyage exploratoire au coeur de notre corps, à la recherche du siège de l’âme. C’est un lieu de débats animés où l’on assiste à l’affrontement d’idées dans un environnement multimédia. On y dissèque… quelques enjeux du troisième millénaire (transgénèse, xénogreffe…) et l’officiant est Robert Lepage, lui-même, dans un multimédia ingénieux.

Autour de ces deux installations gravitent des cabinets de curiosités et une forêt « tissée ». Les Cabinets de curiosités, ces associations d’objets étranges, hétéroclites, ont été créés par l’artiste Claudie Gagnon à partir de grands thèmes explorés dans l’exposition. La forêt tissée, du

Quelques arbres de la Forêt tissée de Yvon Bellavance
photo : Jacques Lessard
scénographe Ivon Bellavance, représente, quant à elle, les méandres de l’inconscient où s’organise notre pensée. Chaque concept que nous évoquons est rattaché de façon souterraine par un réseau complexe d’associations d’idées, à l’image des racines d’un arbre.

Les Stèles des chiffres (gravées d’inscriptions mathématiques), un Miroir (objet symbolique et paradoxal qui divise et réunit, parfaite symétrie entre le monde visible et la réflexion du monde visible), un Mur de la calligraphie (évocation des croisements qu’ont subis les langues du monde entier) complètent l’architecture des lieux.

UNE PENSÉE, DES IMAGES
L’approche par l’image caractérise la démarche artistique du comédien, metteur en scène
et réalisateur Robert Lepage… mais aussi celle de l’exposition. L’image qui frappe, l’image qui organise le discours. Le public entre et circule à l’intérieur d’une grande installation d’artistes où mises en scène percutantes, objets étranges, photographies, audiovisuels, multimédias donnent une dimension particulière au propos de l’exposition. À la maison de production Ex Machina, se sont joints les artistes Claudie Gagnon (arts visuels) et Ivon Bellavance (art textile) ainsi que les architectes de l’Atelier in situ Annie Lebel, Geneviève L’Heureux, Stéphane Pratte.

Métissages, une exposition comme vous en avez rarement vue! Au Musée de la civilisation à Québec,
du 3 mai 2000 au 29 juillet 2001. L’exposition reçoit l’appui promotionnel de Télé-Québec.


Renseignements :
Serge Poulin, [418] 643-2158
Relations publiques et communications

Émis le : 2 mai 2000.


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© Musée de la civilisation