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Le corridor de circulation

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Colleen
Je vois dans tes yeux la pitié
Je ne veux pas de ta pitié, de tes mensonges
Tu regardes mon fauteuil au lieu de me regarder
Tu vois tout ce qui ne va pas chez moi au lieu de ne voir que moi.

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Gaston
Pourquoi voir les handicapés comme des spécimens d’exhibition? Croyez-vous vraiment, quand vous les regardez, qu’ils n’aperçoivent pas cette fausse pitié dans votre regard et cette condescendance apitoyée inscrite sur votre visage? Ils savent très bien lire dans l’expression des visages, vous savez!

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Louise
Parce qu’un enfant est handicapé, parce qu’il est « tout croche », on a l’impression qu’on doit aussi devenir « tout croche » dans son corps. […] Devant une personne handicapée, on devient mal à l’aise, on n’ose pas s’ouvrir, bien simplement, et la laisser s’ouvrir à son tour. On est mal à l’aise, parce que ça fait mal de voir quelqu’un qui est différent de soi. On a l’impression qu’il doit être triste, qu’il doit être malheureux. Finalement, on préfère ne pas s’approcher, de peur que ça engage à quelque chose. C’est vraiment inconscient, mais on a peur.

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Anonyme
Quand je prends mes médicaments, ma famille se sent bien. Si je leur dis que je ne les prends pas, ils se sentent mal. Dans le fond, quand je prends des médicaments, c’est eux qui vont bien et moi qui vais mal.

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Alexandre
S’affirmer, c’est vital. Un copain à moi souffrait d’un petit handicap au pouce. Il gardait toujours la main dans sa poche. Je lui ai dit : « Il ne faut pas fuir le handicap. Regarde-moi. Pour cacher le mien, je devrais sortir dans la rue, emballé dans un sac à poubelle ».

Geneviève
Quelle idée avais-je eue de descendre au sous-sol faire pipi? Surtout après la saynète que j’avais faite à mon frère l’an dernier, pour qu’il installe une rampe dans le bel escalier peint en rouge du rez-de-chaussée. Pendant des années, mon frère avait entretenu un silence tenace sur ma maladie : une pudeur et une peur qui cachaient une inquiétude encore plus tenace. Il avait cru sincèrement qu’en se répétant « non, non, elle est correcte! », je le serais. Pour ne pas que ma famille soit déçue de moi ou qu’elle soit plus éprouvée que moi, je n’ai rien laissé paraître de la gravité de ma maladie ou de la possibilité de perdre la vue. Seule Caroline avait recueilli mes confidences à ce sujet. Puis, plus fragile, fatiguée, j’ai cessé de me taire. Ce jour-là, un peu avant Noël, j’ai appelé mon frère et je lui ai demandé d’installer une rampe dans l’escalier. J’ai pleuré au téléphone. Jamais je ne pleurais devant mon frère ni devant quiconque. Pris dans un tourbillon d’émotions auquel il n’avait pas été habitué, il m’a dit une phrase que je n’oublierai jamais : « Tu peux me dire n’importe quoi! ». Je l’ai cru. Depuis, il m’installerait des rampes et des barres d’appui partout.


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