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QUELQUES TRÉSORS INCOMPARABLES

Présentée au Musée de la civilisation, du 5 décembre 2001 au 2 septembre 2002, l’exposition Xi’an, capitale éternelle fait découvrir la splendeur, la richesse et le raffinement de cette grande capitale antique. Plus de 130 trésors incomparables racontent l’histoire de cette ville et, du même coup, celle de la Chine. Tous ces artefacts proviennent des réserves du Bureau des reliques culturelles de Xi’an et du Musée des Guerriers et Chevaux en terre cuite des Qin. Ces objets fabuleux ont, pour la plupart, été tirés de tombeaux sur les sites de palais et de temples de Xi’an et des environs. Voici quelques pièces maîtresses de l’exposition :

Récipient à poignées en forme de phénix, destiné aux offrandes d’aliments, gui
fengniaowen tong gui (Hongshu gui)
Bronze
Zhou de l’Ouest (XIe-VIIIe siècle av. J.-C.)
Tiré des fouilles du tombeau no 17, Huayuanc, un comté de Chang’an, ville de Xi’an
À l’époque des Zhou, le gui était un récipient servant aux offrandes d’aliments dédiées aux esprits ancestraux. Ce bronze aux poignées impressionnantes évoquant des phénix et aux motifs dorés de dragon cornu fut coulé et gravé par Hongshu. Le socle en bronze sur lequel il se trouve fut coulé à même le récipient, en une seule pièce.

Palefrenier agenouillé
jizuo taoyong
Terre cuite
Qin (221-207 av. J.-C.)
Mis au jour dans le comté de Lintong, province du Shaanxi
Ce personnage à genoux, vêtu d’une longue robe, a été découvert près du tombeau de Qin Shihuangdi, premier empereur de Chine, dans une des fosses évoquant les écuries des chevaux de l’empereur. Dans la vie, ce palefrenier était probablement un esclave.

Figurine de femme
nütao luoti yong
Terre cuite
Han de l’Ouest (206 av. J.-C. - 9 apr. J.-C.)
Mise au jour à Shapo, banlieue sud de la ville de Xi’an
À l’origine, cette figurine représentant une femme nue devait avoir des bras en bois et porter des vêtements multicolores. Trouvée dans un tombeau, elle y avait sans doute été placée pour servir symboliquement de servante à la personne décédée.

Cheval et palefrenier
caihui tao qianma yong
Terre cuite peinte
Tang (618-907 apr. J.-C.)
Tirés des fouilles d’un tombeau Tang, à Hansenzhai, banlieue est de la ville de Xi’an
Des marchands et des visiteurs de toute l’Asie centrale, de l’Asie de l’Est et du Sud-Est, ainsi que du Moyen-Orient se rendaient à Chang’an pour vendre leurs marchandises, puisque cette ville constituait le marché le plus important au monde. Il était devenu très populaire de placer dans les tombes des figurines d’étrangers des différentes ethnies rencontrées dans les rues de la capitale. Ce marchand de Sogdiane, qui affiche un air confiant, porte une haute coiffe, une tunique cintrée ainsi que des pantalons moulants; son nez est proéminent, il porte la barbe et guide un fier cheval haut sur pattes.

DYNASTIE DES ZHOU

Pénis
shiqie
Pierre
Néolithique (antérieur à 1500 av. J.-C.)
Mis au jour dans le comté de Chang’an, ville de Xi’an
Ce pénis en pierre représentant la puissance générative des ancêtres était vénéré par les membres vivants d’une famille ou d’un groupe de descendants. Ce type d’objet était également utilisé comme godemiché afin de stimuler le plaisir sexuel et d’encourager la procréation. Les trois incisions rappellent la forme du caractère chinois signifiant « ancêtres », apparu plus tard.

Tripode évoquant trois buffles et destiné aux offrandes d’aliments, liding
sanxi liding
Bronze
Zhou prédynastiques, fin de l’époque des Shang (XVIe-XIe siècle av. J.-C.)
Mis au jour à Dabaichang, ville de Xi’an, en 1974
Ce chaudron en bronze était utilisé pour la cuisson, le réchauffage et les offrandes d’aliments aux ancêtres. Ses anses servaient à retenir un manche en bois utilisé pour déplacer le vase lorsqu’il était chaud. Il fut probablement coulé selon la méthode du moule à trois pièces : les lignes au centre du visage des buffles indiquent la séparation des parties du moule.

Ornement de harnais ou insigne en deux parties
jin mashi huo hufu
Or
Période des Royaumes combattants (Ve-IIIe siècle av. J.-C.)
Mis au jour à Fengxiang, province du Shaanxi, en 1979
Ce petit tigre en or aux larges oreilles, aux dents saillantes et aux grosses pattes est à la fois un ornement de harnais et un insigne en deux parties. Le tigre symbolisait l’Ouest et correspondait à la couleur blanche, à l’automne et à la guerre. Ce type d’insigne, symbole de l’autorité militaire, était coulé en deux pièces de métal, généralement du bronze, sur chacune desquelles étaient gravées des inscriptions. Le chef en gardait une partie et donnait la contrepartie à l’officier d’armée sous ses ordres. Ce dernier n’était pas autorisé à rassembler les troupes ni à s’engager dans des activités militaires tant que son chef ne l’y avait pas autorisé en lui remettant la deuxième partie du tigre. Lorsque les deux parties étaient rassemblées et correspondaient parfaitement l’une à l’autre, alors l’officier pouvait passer aux actes.

DYNASTIE DES QIN

Officier militaire
jiangjun yong
Terre cuite
Qin (221-207 av. J.-C.)
Tiré des fouilles de la fosse no 1, mausolée du premier empereur de Chine
Qinyong bowu guan, Musée des soldats et des chevaux en terre cuite
Cet officier d’infanterie de taille imposante est légèrement plus grand que ses hommes; il porte une longue coiffe témoignant de son grade, une robe longue, un pantalon rembourré et des bottes à bout carré. Sous les Qin, les hommes se classaient selon un rang précis dans la hiérarchie. Au rang le plus bas figuraient les esclaves et ensuite les gens du peuple. Au-dessus d’eux, se trouvaient les dix-sept grades militaires. Les hommes du peuple pouvaient aspirer à être promus jusqu’au 8e grade s’ils décapitaient leurs ennemis lors des batailles. Seuls des soldats appartenant aux huit premiers grades sont représentés dans les fosses de l’empereur Qin.

Archer à genoux
guishe yong
Terre cuite
Qin (221-207 av. J.-C.)
Tiré des fouilles de la fosse no 2, comté de Lintong, province du Shaanxi, Musée des soldats et des chevaux en terre cuite
Qinyong bowu guan, Musée des soldats et des chevaux en terre cuite
Cet archer était placé à l’avant dans la fosse no 2 représentant un quartier militaire complexe. On le montre à genoux tenant son arc à ses côtés et recevant des instructions. Sous le régime des Qin, les soldats devaient subir des épreuves de tir à l’arc deux fois l’an. S’ils échouaient à ces épreuves, qui consistaient à atteindre la cible un certain nombre de fois sur dix, ils étaient punis ainsi que leur officier d’entraînement. Si l’officier responsable des archers ratait sa cible, il était démis et condamné à offrir deux ensembles d’armure.

Verre
yu gaozu bei
Jade
Qin (221-210 av. J.-C.)
Tiré des fouilles du site du palais Apang, à Chezhangcun, banlieue ouest de la ville de Xi’an
Ce rare verre sur pied décoré de pointillés complexes aurait été utilisé lors des banquets à la cour ou des rituels religieux. On croyait que le jade avait le pouvoir de détecter et de neutraliser le poison. Ainsi un verre en jade était censé protéger son utilisateur.

DYNASTIE DES HAN

Couple de cochons en jade

yudiao shuangzhu
Jade
Han de l’Ouest (206 av. J.-C. - 9 apr. J.-C.)
Tiré des fouilles d’un tombeau datant des Han, à Shanmenkoucun, banlieue sud de la ville de Xi’an
Le cochon est associé à l’Eau dans les cinq phases du système des correspondances, et à la Féminité (kun) dans le système du Livre des transformations (Yi jing). Le cochon était un des cinq animaux domestiques et une des principales sources de viande pour les agriculteurs du peuple. Il était considéré comme un animal sale et pollué, et était conservé dans une porcherie souterraine en dessous des latrines afin qu’il puisse manger les excréments. Les vers à soie, qui produisaient une grande quantité de détritus, étaient gardés dans les latrines au-dessus de la porcherie et il incombait aux femmes de s’occuper des vers à soie et des cochons. Il est très inusité de voir une sculpture de jade représentant un cochon, puisque le jade était considéré comme la plus pure (et la plus dure) des pierres, capable de neutraliser les poisons et la pollution, et de préserver la vie corporelle. Elle doit avoir été fabriquée pour le tombeau d’un membre de l’élite des fonctionnaires ou des aristocrates.

Chameau
huitao daluotuo
Terre cuite
Han de l’Ouest (206 av. J.-C. - 9 apr. J.-C.)
Mis au jour à Shapo, banlieue sud de la ville de Xi’an, en 1983
Cette superbe maquette en terre cuite d’un chameau de Bactriane à deux bosses révèle l’importance de cette bête de somme pour le commerce par voie terrestre qui empruntait la route de la soie traversant les oasis d’Asie centrale pour atteindre l’Inde et l’Empire romain. Les soieries chinoises, rares et excessivement coûteuses, constituaient le summum du luxe et symbolisaient le prestige. Les autorités chinoises tentèrent, souvent sans succès, de limiter certaines exportations, comme celles des cocons de vers à soie ou des arbalètes, parce qu’elles craignaient que la technologie avancée de la Chine ne tombe aux mains de ses concurrents.

Jarre carrée, fang
cuojin yin goulian yunwen tongfang
Bronze incrusté d’argent et d’or
Han de l’Ouest (206 av. J.-C. - 9 apr. J.-C.)
Mise au jour à Xiguannancun, ville de Xi’an, en 1964
Cette magnifique jarre en bronze incrustée de nuages entrecroisés en or et en argent témoigne du talent exceptionnel des artisans sous la dynastie des Han. Elle a été trouvée accompagnée d’une lampe en bronze, d’un encensoir, d’un couteau et d’autres objets enfouis à l’intérieur des limites du parc impérial Shanglin de l’époque des Han. Ces objets furent probablement enterrés par mesure de protection durant une rébellion.

Immortel ailé
xianren/yuren
Bronze
Han de l’Ouest (206 av. J.-C. - 9 apr. J.-C.)
Tiré des fouilles de la partie sud du site de Nanyufeng, comté de Hancheng, ville de Xi’an, en 1964
Cet être ailé aux pieds nus que l’on voit à genoux aurait transcendé sa condition de mortel. Il a les cheveux aux épaules, de grandes oreilles, des sourcils saillants, un nez pointu, affiche un léger sourire et porte au dos de petites ailes décorées d’un motif de plumes. Il pourrait avoir déjà tenu une bougie ou une lampe. Les anciens Chinois croyaient qu’il était possible d’atteindre la transcendance ou l’immortalité, soit en consommant des drogues préparées à l’aide de composés de substances toxiques, telles que le cinabre ou l’arsenic, soit en évitant de consommer les cinq grains essentiels à l’être humain normal et en se nourrissant uniquement de qi éthéré, élément le plus fondamental de l’univers. Dans l’alternative, on pouvait pratiquer la méditation et des exercices de respiration.

LES BOUDDHISTES

Statue de Bouddha

dashashi fozuoxiang
Grès
Wei du Nord (386-532 apr. J.-C.)
Mise au jour dans la banlieue nord de la ville de Xi’an
Shakyamuni Bouddha sourit légèrement, reflétant la paix qui découle de l’atteinte du Nirvana, destruction complète de l’ego et libération du cycle des renaissances en ce monde. La statue est plutôt oblongue et étroite, témoignant de l’influence des techniques de sculpture d’Asie occidentale.

Statue d’une bodhisattva
baishi pusa canxiang
Pierre
Tang (618-907 apr. J.-C.)
Tirée des fouilles du site du temple Liquan de la dynastie des Tang, banlieue ouest de la ville de Xi’an
Bien que sérieusement endommagée, probablement au cours de la persécution du bouddhisme en 845 apr. J.-C., cette statue présente un travail de sculpture exceptionnellement beau. Les courbes gracieuses du corps et les ornements de vers à soie et de fleurs laissent croire qu’il s’agirait de la représentation de Guan Yin. Cette puissante bodhisattva, qui a toujours répondu aux prières de ses adorateurs, commença vers la fin de l’époque des Tang à être représentée comme une femme et non plus comme un homme. Elle devint la déité féminine la plus célèbre de l’Asie de l’Est et fut particulièrement vénérée par les femmes qui reçurent son aide pour tous les problèmes liés à l’enfantement.

DYNASTIE DES TANG

Danseuse et musiciennes

huangyou yuewu nüyong
Terre cuite et glaçure jaune
Sui (581-618 apr. J.-C.)
Mises au jour à Gucun, comté de Chang’an, ville de Xi’an
La musique, le chant et les danses étrangères, particulièrement celles provenant d’Asie centrale, étaient extrêmement populaires à l’époque des Sui (581-618) et des Tang (618-907). Le style de vêtements de ces artistes est emprunté à celui de Kucha, oasis de la région nord-ouest du désert de Taklamakan. De nombreux membres de l’aristocratie possédaient leurs propres troupes, composées habituellement de jeunes femmes esclaves. Les courtisanes étaient aussi des musiciennes renommées. Les riches et les nobles fréquentaient leurs résidences situées dans les pavillons nord de la partie sud-est du palais impérial, où ils pouvaient s’adonner à l’écoute des plus récentes pièces.

Assiette
Li Mian shuangyu mancao yinpan
Argent
Milieu de l’époque Tang (VIIIe-IXe siècle apr. J.-C.)
Mise au jour à Xibei gongye daxue (université industrielle du Nord-Ouest), en 1995
Cette assiette en argent fut fabriquée pour Li Mian, un excellent et incorruptible mandarin qui fut premier ministre pendant vingt ans sous le règne des empereurs Suzong, Daizong et Dezong. Le motif dont elle est ornée, deux poissons et des feuilles de vigne, se compose de 134 pièces d’or incrusté. Le mot qui signifie « poisson » (yu) se prononce comme le mot « surplus » (yu) et exprime symboliquement un souhait de richesse et de chance.

Tête de dragon
yu longtou
Jade
Tang (618-907 apr. J.-C.)
Tirée des fouilles du site du lac Serpentine (Qujiang), à Qujiangcun, banlieue sud-est de la ville de Xi’an, en 1976
Cette tête de dragon en jade servit probablement à décorer un bateau de plaisance, puisque les dragons étaient associés à l’eau. Asséché depuis longtemps, le lac Serpentine fut un des plus fameux parcs de Chang’an, au temps des Han, et était bordé de sites célèbres, tels que les Jardins d’abricots sur sa rive ouest. C’est là que les candidats qui avaient été reçus aux plus hautes épreuves et qu’on présentait comme les « lettrés » pressentis pour les postes de fonctionnaires célébraient leur réussite en compagnie de leurs amis et de belles femmes, souvent des courtisanes, provenant des lieux de plaisirs.

Ornements d’un coffre à bijoux
jinlong, jinfeng, jinya, jinshu shijian
Or
Tang (618-907 apr. J.-C.)
- dragon
- phénix
- canard
- arbre
Tirés des fouilles d’un tombeau datant des Tang, à Guojiatan, banlieue est de la ville de Xi’an, en février 1971
Le dragon était un animal symbolisant l’Est, la masculinité (Yang) et l’empereur, tandis que le phénix représentait le Sud, la féminité (Yin), l’impératrice et les épouses, telles que les épouses secondaires et les concubines. À l’origine, les deux arbres portaient des bijoux précieux (songshi), comme les fleurs montées au creux des feuilles. Ils étaient censés procurer la richesse et représenter l’illumination du Bouddha. Les canards symbolisaient l’harmonie conjugale. Ces magnifiques ornements ont probablement déjà appartenu à une aristocrate ou à un membre de la cour impériale des Tang.

Bol
manao bo
Agate
Tang (618-907 apr. J.-C.)
Mis au jour à Shaopoqingzhuan chang, banlieue sud de la ville de Xi’an, en 1955
Cette rare agate rouge et blanc fut importée de Sogdiane, l’Ouzbékistan d’aujourd’hui, en Asie centrale, témoignant des liens étroits entre les Tang et les pays occidentaux éloignés situés sur la route de la soie. On la sculpta pour en faire un mortier servant à broyer des minéraux et des plantes destinés à la préparation des médicaments. L’agate est une pierre dure et on croyait qu’elle possédait les mêmes vertus protectrices que le jade.

Marchand étranger sur un cheval au galop
sancai tengkong qima yong
Terre cuite et glaçure tricolore
Tang (618-907 apr. J.-C.)
Tiré des fouilles du site de l’usine de médicaments (Zhiyao chang), banlieue ouest de la ville de Xi’an, en 1975

Ce marchand d’Asie centrale porte sa marchandise attachée derrière sa selle, et son puissant cheval galope à une allure telle que ses sabots touchent à peine le sol. Ce personnage est probablement un homme, ou peut-être une femme travestie. Les femmes pouvaient se vêtir comme les hommes pour des raisons personnelles ou sociales. Cela leur permettait de voyager librement et de circuler en public sans attirer l’attention. L’histoire chinoise connut quelques femmes soldats. Certaines, telles que Mulan, rendue célèbre en Occident par les productions Disney, s’habillaient en hommes, mais la plupart se battaient sans déguisement.

Accompagnatrices
caihui danü yong
Terre cuite peinte
Tang (618-907 apr. J.-C.)
Tirées des fouilles d’un tombeau datant des Tang, à Hansenzhai, ville de Xi’an, en 1985
Deux des quelques figurines semblables en terre cuite peinte représentant des femmes de classe moyenne supérieure de la fin de la période des Tang. Ces femmes ont les joues et le visage ronds et portent des chemisiers au col rond. Leurs jupes longues touchent le sol tout comme leurs tuniques à manches longues. L’une des deux se croise les mains sur le ventre et ses cheveux sont coiffés dans un style à la mode, en chignon haut et élancé. L’autre porte ses cheveux noués en deux chignons au-dessus des oreilles et présente une offrande sur une assiette.


Renseignements :
Serge Poulin, (418) 643-2158
Relations publiques et communications

Émis le : 4 décembre 2001


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