La formation prodiguée dans le cours classique trouve son
origine dans un cycle d’études instauré par
les Jésuites et appelé
ratio atque institutio
studiorum. Cet ordre et ce plan d’études ont été
en vigueur chez nous jusqu’à la réforme de l’éducation
en 1960. Le principe de base de l’enseignement classique prend
ses racines dans la pensée grecque et l’adaptation
que l’empire romain en a faite et transmise au monde occidental.
« Un enseignement essentiellement
littéraire
fondé sur l’étude des auteurs, par une lente
gradation dans les matières allant de la grammaire à
la rhétorique, le tout complété par la philosophie
et les sciences
1. »
Chaque année du cours classique porte le nom de la formation
principale à acquérir par l’élève.
Ainsi la sixième année, première du cursus
classique, se nomme
Éléments latins parce
qu’on y apprend les rudiments de la langue latine, la grammaire,
la syntaxe, les déclinaisons et les conjugaisons. Les trois
années suivantes, dites
Syntaxe, Méthode et Versification,
sont consacrées à l’apprentissage des notions
de syntaxe française, latine et grecque, aux thèmes
et aux versions. Les années de
Belles-lettres et
de
Rhétorique se fondent sur la connaissance des
grands auteurs. […] L’histoire antique et contemporaine,
les arts et les sciences complètent la formation des élèves.
Deux années de philosophie supplémentaires ajoutent
des notions de logique, de mathématiques et de physique à
la capacité de réflexion que les élèves
ont acquise auprès de leurs maîtres à penser.
Certains élèves devaient réussir une année
préparatoire communément appelée
dernière
année avant d’entreprendre le cours classique.
Pour entrer au Grand Séminaire, il fallait avoir complété
toute la formation du cours classique et avoir démontré
les dispositions particulières requises pour le sacerdoce.
Le Séminaire de Québec a servi de modèle aux
autres collèges classiques qui voient le jour dans une vingtaine
de villes du Québec. « Les collèges québécois
n’ont pas toujours compris un cours de grammaire et de lettres
de six ans… La plupart des institutions classiques ont eu
le souci de rendre service à la jeunesse du pays en créant
des classes dites industrielles d’abord et commerciales ensuite…
Il devenait urgent de donner aux jeunes des notions de comptabilité,
de tenue de livres, d’anglais et autres connaissances pratiques
pour la vie courante du commerce et des affaires
2. »
Le programme d’enseignement s’adaptera selon les besoins
de la région où est installé le collège.
Par exemple, le collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière
ajoutera à son programme une formation en agriculture.
À partir de 1850, le Séminaire de Québec semble
prédisposé à offrir un enseignement supérieur.
Il jouit d’une très grande renommée grâce
à la qualité de sa formation académique désormais
comparable à celle des meilleurs collèges européens
et américains.
En 1850, il compte 14 prêtres, 22 ecclésiastiques
et 378 élèves répartis en dix classes. Le corps
professoral, en plus des prêtres, des grands séminaristes,
comprend 5 laïcs qui se partagent l’enseignement de l’anglais,
du dessin et de la musique instrumentale. Le Séminaire possède
en outre trois bibliothèques, dont l’une de 12 000
volumes à l’usage des professeurs, un laboratoire de
physique et de chimie pourvu d’instruments modernes et la
plus belle collection de minéraux au Canada3.
1Galarneau, Claude, Les
collèges classiques au Canada français, Montréal,
Fides, 1978, p.287.
2Galarneau, Claude, Les collèges classiques
au Canada français, Montréal, Fides, 1978,
287 p.
3Noël Baillargeon, « 323 ans d’histoire,
le Séminaire de Québec (1663-1988) »,
Cap-aux-Diamants, vol 4, no 1, printemps 1988,
p. 15.