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MICHEL LAURENT : En tant que conservateur dune collection importante comme celle du Musée de la civilisation,
une collection (de vêtements) qui compte plus de treize mille
objets, dont des chaussures, des costumes, des bourses... Il y
a vraiment de tout dans cette collection-là. Alors le conservateur
doit voir, justement, au bon entretien des objets, au bon entreposage
de ces pièces-là, pouvoir les conserver le plus longtemps possible.
Ah, cest vraiment très intéressant. Cest un métier qui, je pense,
doit nous amener toujours de découvertes en découvertes, au fil
des ans. |

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INTERVIEWEUSE : Dabord monsieur Laurent : si on avait la chance
dentrer dans vos réserves, et daller voir, quest-ce quon verrait?
MICHEL LAURENT : Dabord vous verriez des housses, des housses et
des housses. Des housses en coton non acide. Alors ce sont des
housses qui sont faites spécialement pour la conservation. Ce
qui est le plus dommageable pour le tissu cest lacidité, cest
la lumière, cest lhumidité, ce sont aussi les insectes. Alors
une bonne réserve, reconnue muséalement si on veut, doit avoir
des contraintes, des contraintes de température -autour de dix-huit
à vingt degrés centigrades; une humidité relative toujours égale,
autour de cinquante pour cent dhumidité; des lumières tamisées
avec des filtres contre les ultraviolets. Tout ça il faut considérer
que ce sont des éléments qui peuvent dégrader très rapidement
un vêtement. Je vous donne un petit exemple : prenez un vêtement
ou un textile, un rideau par exemple, qui est dans votre fenêtre...
À lintérieur il va conserver sa beauté, mais si vous regardez
la doublure, elle va complètement perdre ses couleurs dû à leffet
du soleil. Cest le même problème pour à peu près tous les textiles.
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MICHEL LAURENT : Moi ce que je conseillerais aux gens qui ont des pièces comme celles-là à la maison, à domicile,
ce serait de les conserver dans des tiroirs, à labri de la poussière,
dans des écrins si les écrins existent encore. Éviter de les ouvrir
et de les refermer, ça peut abîmer de façon irréversible les
tissus. Je pense quil faut vraiment faire très très attention.
La majorité des textiles cest la même chose. Alors si vous avez
des vêtement anciens, essayez de les mettre sous housse, mais
des housses qui ne sont pas colorées. Parce que si par exemple
vous entreposez un objet dans une housse de couleur bleue ou de
couleur verte et quil arrive un dégât deau, la couleur va se
transmettre au vêtement qui est censé être protégé. Il va y avoir
un dégât irréparable. Il faut vraiment faire très attention, nutilisez
que des papiers neutres, papier journal à proscrire, cest dune
acidité incroyable... Et surtout que du papier imprimé en plus,
il peut y avoir des transferts dencre sur les vêtements. |

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MICHEL LAURENT : Ce qui fait que lorsque les designers sont arrivés
pour consulter la collection, je dois dire quau départ jétais un peu mal à laise, parce
quon respecte les normes muséales reconnues internationalement.
Je me disais : ce sont des gens qui nont pas de formation muséale...
Mais tout de suite, dès la première fois où un designer sest
présenté pour la collection alors jai vu, bon, la minutie, le
travail du textile qui commande aussi des qualités tout à fait
exceptionnelles. Alors toute lanxiété est tombée, je me suis
dit : ce sont peut-être des muséologues en puissance. |

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INTERVIEWEUSE : Alors ça promet, lavenir pour un conservateur,
avec des designers.
MICHEL LAURENT : Ça promet beaucoup. Je pense que cest une expérience
qui est intéressante et je pense que cest une expérience qui na pas encore été faite dans dautres musées, que ce soit ici au Québec ou en France,
cest vraiment quelque chose de nouveau. Il faut dire que dans
certaines institutions muséales, cest surtout le travail du conservateur
qui est privilégié, comparativement par exemple au travail, dans
ce cas-ci, pour les designers. Mais il faut, je pense, dire une
chose, cest que ce sont les designers qui ont fait office de
conservateurs dans le choix des objets. Pas dans la restauration,
pas dans des installations mais dans le choix des objets. Alors
cétait vraiment leur coup dúil. Et je pense que les sélections
qui ont été faites nous montrent lhistoire de la mode, si on
veut, sur à peu près cent ou cent vingt-cinq ans de création.
Ce qu'il y a dintéressant cest que chaque designer a choisi
des objets qui sont différents. Certains avaient des coups de
cúur pour des époques, dautres pour des tissus, mais ça donne
un ensemble qui est très représentatif de la mode, de ce qui sest
porté ici au Québec et au pays à partir de 1870. |

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INTERVIEWEUSE : Que retenez-vous de cette expérience, le contact
avec les designers?
MICHEL LAURENT : Ce fut une expérience tout à fait extraordinaire.
Les designers sont des gens tout à fait généreux, des gens qui
ont une culture incroyable, des gens qui ont un goût superbe.
Ce que jai trouvé intéressant ça a été leur façon de voir les
choses, comment ils appréhendaient les modes antérieures, le choix
des tissus. À leur contact, finalement, on a appris quand même
beaucoup de choses. Moi cest sûr que, bon, jai une certaine
expérience des tissus anciens, des vêtements anciens. Mais au-delà
de ça il y a tout un prolongement vers la mode plus contemporaine. La mode ne se réinvente pas indéfiniment. Je veux dire, on est
toujours sur des sources soit anciennes, des sources ethniques,
alors on est toujours influencé à quelque part dans la créativité.
Ce qui fait que quand ces gens-là sont arrivés chez nous, ils
avaient un choix, un éventail tout à fait incroyable de sujets
qui pouvaient servir pour la création. |

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