Syrie

Transmission d'un héritage

   

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Astrolabe
Du IXe au XVe siècle, les savants musulmans, particulièrement ceux qui vivent en Syrie, se distinguent dans la plupart des domaines de la connaissance scientifique. Le monde islamique a longtemps été considéré comme le dépositaire de l’héritage gréco-romain dans le domaine des sciences. En réalité, il a également beaucoup contribué au développement des sciences et à leur diffusion. Par la suite, il sera responsable de la transmission au monde occidental de bien des connaissances nouvelles dans un grand nombre de disciplines scientifiques.

Il est intéressant de faire observer que, dès le départ, la science et la religion islamique se sont harmonieusement accordées, le mot science lui-même apparaissant dans 160 versets du Coran. Plus encore, le Coran incite à la connaissance. Le Prophète Muhammad ne disait-il pas : « l’encre du savant est plus sacrée que le sang du martyr », « la science est plus méritoire que la prière » et même « peu de savoir vaut mieux que beaucoup de culte? »

COMMENT LES CONNAISSANCES SCIENTIFIQUES ONT ÉTÉS TRANSMISES À L'OCCIDENT

livre de médecine
Livre de médecine
Comme on l’a constaté, les savants arabes ne se sont pas contentés de mettre en pratique les enseignements que contenaient les manuscrits d’auteurs scientifiques et philosophiques grecs et latins qu’ils avaient traduits en syriaque d’abord et en arabe ensuite. Ils se sont mis à les résumer pour mieux les faire connaître, mais aussi à les commenter, à les critiquer et à les compléter à la lumière de leurs propres expérimentations. Enfin, après cette phase d’apprentissage, normale dans toute démarche scientifique, plusieurs hommes de science musulmans se sont démarqués de leurs prédécesseurs et, mettant à profit leurs recherches personnelles, ont innové dans les mêmes disciplines scientifiques. Il est regrettable de constater que ces œuvres scientifiques furent très peu diffusées, en traduction latine, la langue scientifique en usage en Europe jusqu’au XVIIIe siècle : par exemple, en médecine, une quarantaine de textes seulement furent connus sur le millier recensé à ce jour. Il en est de même des autres disciplines scientifiques.

Instruments chirurgicaux
Instruments chirurgicaux
Ce n’est pas tant grâce au contact avec les croisés venus au Proche-Orient du XIe au XIIIe siècle que la science arabe se propage en Europe, mais plutôt par l’entremise des dynasties, qui ont dirigé l’Espagne islamique entre le XIe et le XIVe siècle, les Almoravides, puis les Almohades, qui avaient installé leur capitale à Cordoue. L’Espagne de cette époque regorge de manuscrits scientifiques d’origine grecque ou latine traduits en arabe. Ces manuscrits sont analysés et commentés par des savants musulmans comme le philosophe cordouan du XIIe siècle Ibn Rushd — Averroès pour les Occidentaux —, qui est considéré comme le plus grand commentateur d’Aristote et qui a en outre laissé des traités de médecine, de grammaire, de droit et d’astronomie. À Tolède, au XIIe siècle, il y a même un bureau de traduction des manuscrits de l’arabe en latin afin de s’assurer de leur diffusion en Europe. En 1277, une compilation en espagnol est rédigée sous l’égide du roi de Castille afin de mettre les connaissances arabes en astronomie à la disposition des savants espagnols. La même année, les secrets de la fabrication du verre sont transmis à Venise en vertu des clauses d’un traité entre le prince d’Antioche et le doge. Il y a de nombreux autres transferts technologiques qui s’effectuent alors et qu’il serait fastidieux d’énumérer ici.

heurtoir
Heurtoir de porte
Il convient aussi de se rappeler que la technique de fabrication du papier, acquise comme on le sait des Chinois par les Arabes en 751, avait permis le développement dans le monde islamique d’un véritable marché du livre qui avait ainsi naturellement favorisé la diffusion des connaissances scientifiques. Cette technique capitale fut transmise aux Occidentaux à partir du XIIe siècle, en Espagne d’abord depuis l’émirat de Cordoue, puis en Italie, plus précisément à Fabriano (1276), où aurait été construite la première fabrique de papier d’Europe. D’autres suivront au XIVe siècle, notamment à Troyes (France) en 1348 et à Nuremberg (Allemagne) en 1390. À son tour, ce type de support matériel de l’écriture transmis par les Arabes facilita la diffusion des idées en Europe où, vers 1450, une nouvelle invention, celle de l’imprimerie, viendra parachever ce processus de diffusion des connaissances qui caractérise encore notre monde scientifique moderne.

© Musée de la civilisation, 1999

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