MUTATIONS. LES MÉTIERS D'ART AU QUÉBEC DEPUIS 1930 AU MUSÉE DE L'AMÉRIQUE FRANCOPHONE

mardi 24 novembre 2015

Dans le contexte de l'Année canadienne des métiers d'art, l'exposition Mutations. Les métiers d'art au Québec depuis 1930 bouscule les perceptions à l'égard de ce secteur trop souvent associé à un artisanat passéiste.

Mutations. Les métiers d'art au Québec depuis 1930
Au Musée de l'Amérique francophone, dès le 25 novembre

Dans le contexte de l'Année canadienne des métiers d'art, l'exposition Mutations. Les métiers d'art au Québec depuis 1930 bouscule les perceptions à l'égard de ce secteur trop souvent associé à un artisanat passéiste. Son esprit résolument contemporain met en valeur des pièces significatives du savoir-faire des artistes et artisans qui s'expriment à travers l'extraordinaire multidisciplinarité des approches de création tout en soulignant la mutation de ces nouvelles pratiques. Dès le 25 novembre, au Musée de l'Amérique francophone, 2, côte de la Fabrique. Une réalisation conjointe du Musée de l'Amérique francophone et du Musée des maîtres et artisans du Québec et présentée aux deux endroits.

Les métiers d'art  marquent la culture québécoise. Par ses quatre approches – artisanale, industrielle, environnementale et artistique – l'exposition nous fait prendre conscience de l'impact des artistes et artisans québécois, qui, suivant les grandes traditions du travail du bois, de la céramique, des textiles et du métal continuent à innover et à créer des pièces uniques et en série.

Le directeur général des Musées de la civilisation, M. Stéphan La Roche, a souligné que « grâce à une relecture nécessaire du passé et du présent des pratiques en métiers d'art, cette exposition met en perspective la diversité des approches et des pratiques. Aujourd'hui, cette diversité est une source d'inspiration et de valorisation. Une telle présentation ne peut que stimuler l'intérêt des visiteurs et même des découvertes sur ce patrimoine culturel exceptionnel de la société québécoise. »

L'approche artisanale

Après avoir introduit le visiteur de belle façon par la présentation d'une œuvre de verre soufflé finement réalisée par Bruno Andrus, l'exposition s'ouvre sur l'approche artisanale. On y reconnaitra des sculptures de bois de Ménard et Jean-Julien Bougault datant des années 1940, des émaux sur cuivre du célèbre duo des années 1970 Passillié-Sylvestre, des bijoux de Georges Delrue qui applique la démarche d'avant-garde de ses contemporains, les signataires du Refus global.

Cette approche de création faite à la main, souvent à la limite de l'œuvre d'art et de l'objet utilitaire, est toujours prisée par les artistes actuels. C'est notamment le cas des longues parures de cheveux faites de bois et de matériaux naturels de la jeune artiste-ébéniste Jessica Beauchemin et du violon de Luthier et archetier, Richard Compartino qui fait partie des pionniers de la nouvelle lutherie québécoise, en raison de ses expérimentations et réalisations sur la valorisation des matières premières d'ici.

L'approche industrielle

La deuxième zone fait référence à la production de moyennes ou grandes séries d'objets fonctionnels. Le secteur du design industriel s'est développé dans les années 1950 et 1960. L'entreprise-école Céramique de Beauce, représentée par Perdrix des neiges, un dynamique ensemble de vaisselle, en est un bel exemple. Au cours des années 1950, elle s'est engagée dans la production de pièces utilitaires en reprenant surtout des modèles américains. Puis, elle a travaillé avec des céramistes et des designers canadiens-français qui lui ont conçu des modèles exclusifs lui conférant une place de choix parmi les plus importants producteurs. Malheureusement en 1989, Céramique de Beauce doit fermer ses portes, victime de la production de vaisselle bon marché en provenance d'Asie sur le marché québécois.

L'approche environnementale

La troisième zone met en valeur les pratiques associées à ce qui nous entoure, du design d'intérieur, à l'architecture en passant par l'espace public et à la restauration de bâtiments patrimoniaux. Fondée en 1935, l'École du meuble de Montréal jouera un rôle fondamental dans cette approche notamment par la vision de son premier directeur, Jean-Marie Gauvreau, qui fait la promotion des métiers d'art tout comme Marcel Parizeau, professeur émérite de l'institution. Ce dernier personnifie le phénomène de l'architecte-décorateur, prédécesseur du designer d'intérieurs dont la profession ne sera vraiment reconnue qu'à partir du milieu des années 1950.

L'École du Meuble est aussi reconnue comme le lieu de rencontre de plusieurs personnalités d'avant-garde tel Paul-Émile Borduas qui y enseigne jusqu'à son congédiement abrupt en 1948, dans la foulée de la publication du manifeste Refus global. Dans cette troisième zone, on retrouve des pièces de deux de ses étudiants et cosignataires du manifeste, Jean-Paul Mousseau et Marcelle Ferron. Le premier s'adonne à des projets où il remplace le verre en feuille traditionnel par des matériaux modernes, comme la fibre de verre et les thermoplastiques pour créer des objets fonctionnels tels que des lampes, tandis que la seconde exécutera au cours de sa carrière de nombreuses verrières, à la fois pour des bâtiments publics et privés.

L'approche artistique

Les métiers d'art actuels s'inscrivent dans une tradition artistique à la fois ancrée dans les beaux-arts, les arts décoratifs et l'art moderne. Les artistes en métiers d'art qui adoptent l'approche artistique créent des objets à fonction symbolique.

Les œuvres de Carole Baillargeon et Barbara Wisnovski sont empreintes de cette symbolique. La première achève Robe souvenirs après la mort de son père. Au cours de sa jeunesse, cet homme, qui était bûcheron, participait aux travaux textiles, afin de pourvoir aux besoins de sa famille. La robe est composée du noir du deuil, du savoir-faire traditionnel et d'un mode d'accrochage utilisé par les bûcherons. Elle fait autant appel aux traditions et aux métiers anciens qu'à l'artisanat et aux arts visuels, dépeignant une part de souvenirs d'une artiste actuelle. Quant à l'œuvre de
Barbara Wisnovski, Ruisseau, c'est un hommage à ses ancêtres ukrainiens qui faisaient rouir le lin dans un ruisseau. Selon la légende familiale, cette étape de transformation du lin aurait joué un rôle dans la décision de son aïeule d'émigrer au Canada. Cette œuvre a fait son entrée dans la collection nationale en 2013 après avoir remporté une bourse offerte par les Musées de la civilisation lors de cette édition de la Biennale internationale du lin de Portneuf. L'institution a d'ailleurs réitéré cet octroi de bourse en 2015.

L'exposition Mutations. Les métiers d'art au Québec depuis 1930 se termine par une œuvre audacieuse de Ito Laïla Le François intitulée Caller le caribou. Cette sculpture assemble du cèdre de 220 ans, du verre soufflé, du verre massif, de la fourrure d'ours et de l'acier, et est précurseur des nouvelles tendances au sein des métiers d'art qui demeurent en constante mutations.

Ateliers au Musée de la civilisation, les dimanches (6 et 13 décembre 2015, 10, 17 et 31 janvier 2016, 14 février et 10 avril 2016)

Un thème aussi riche que les métiers d'art a permis de concocter trois ateliers explorant les arts de la céramique, du bois et des textiles. L'aboutissement de chacun de ces ateliers sera une grande œuvre collective dévoilée au cours des prochains mois!

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Renseignements :      

Québec – Agnès Dufour, 418 643-2158, poste 433; adufour@mcq.org

Montréal – Rosemonde Gingras, 514 458-8355; rosemonde@rosemondecommunications.com

– Musée de la civilisation –

85, rue Dalhousie
Québec (Québec) G1K 8R2
T. 418 643-2158
S. F. 1 866 710-8031

– Musée de l'Amérique –
francophone

2, côte de la Fabrique
Québec (Québec) G1R 3V6
T. 418 643-2158
S. F. 1 866 710-8031