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Préhistoire et présence amérindienne

De 3 000 avant Jésus-Christ à aujourd’hui

Des traces de préhistoire

Comment les chercheurs parviennent-ils à reconstituer le quotidien d’hommes, de femmes et d’enfants de passage à la Pointe-de-Québec ou établis dans les environs bien avant l’arrivée des Européens? En quête de la moindre piste, l’archéologie examine attentivement des fragments d’objets et différents indices : grattoirs, outils divers, petits vases, pipes de pierre, perles faites de coquillages, vestiges de foyers et de piquets, déchets culinaires osseux et végétaux, sépultures, etc. Ainsi s’insère-t-on quelque peu dans l’histoire préeuropéenne.

Les plus anciennes traces d’une présence humaine découvertes dans le sol de Place-Royale remontent à près de 5 000 ans. On en a fait la découverte, entre autres, sur le site de la maison Hazeur et sous la rue Sous-le-Fort. À l’origine, il s’agit de petits groupes nomades qui vivent de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Ils emploient des outils faits d’os et de pierre. Les traces de ces séjours laissent entrevoir que, tandis que les hommes étaient occupés à traquer le gibier et le poisson, les femmes dépeçaient les bêtes rapportées, en traitaient les peaux, confectionnaient des mocassins et fabriquaient des paniers avec de l’écorce. Ils escaladaient parfois le cap pour observer le fleuve ou pour cueillir des plantes médicinales sur les hautes terres.

Les Amérindiens participent à des réseaux d’échange sur d’immenses territoires. Par exemple, vers 4 000 avant Jésus-Christ, des matières comme le cuivre et la silice de même que des produits provenant de la région actuelle des Grands Lacs sont transportés jusque dans le Grand-Nord québécois et au Labrador actuels. Plus tard, les routes traditionnelles de commerce et d’échange des Amérindiens seront bien connues des Français et deviendront les principales artères du commerce des fourrures. 

De façon générale, la collection de la Pointe-de-Québec pour cette époque nous apprend que les populations ne vivent pas repliées sur elles-mêmes. En effet, leur vie ne se résume pas à surmonter les difficultés. Les communautés se rencontrent périodiquement, surtout en été. Elles tissent des liens entre elles, allant même jusqu’à créer des modes dans l’art de décorer les poteries. 

Jacques Cartier, navigateur

Venu de Saint-Malo, en France, le navigateur Jacques Cartier explore les environs de Stadaconé (Québec) entre 1535 et 1542 et y découvre un village fortifié aux abords de l’actuel cap Diamant. Il tente alors d’instaurer des rapports cordiaux avec ses habitants, des Iroquoiens du Saint-Laurent. Ces derniers sont aussi installés le long du fleuve sur la distance qui sépare aujourd’hui les environs de Québec et de Montréal (appelée « Hochelaga » à cette époque) :

[ il ] y a un peuple dont est seigneur ledit Donnacona et y est sa demeurance, qui se nomme Stadaconé, qui est aussi bonne terre qu’il soit possible de voir et bien fructificante, pleine de beaux arbres de la nature et sorte de France1

Jacques Cartier, lors de
son premier passage
à Québec en 1535

Toutefois, Jacques Cartier ne parviendra jamais à établir des liens avec les Amérindiens, notamment parce qu’il kidnappe des chefs et des guerriers, ignore les contraintes ou les limites que les chefs veulent lui imposer, ne respecte pas leurs cultures et ne tient pas ses promesses.

Uepishtikueiau ou Kapak (Québec)

Au début du 17e siècle, quand Samuel de Champlain entreprend ses premiers voyages au Canada, les Iroquoiens ne sont plus à Québec. Les Français y rencontrent plutôt des Montagnais, de temps à autre. D’ailleurs, des récits de la tradition des Montagnais-Innus décrivent selon différentes versions les premières rencontres entre Français et Innus à Québec et la première alliance scellée entre les deux nations. On y apprend notamment que, avant la venue des Européens, le lieu s’appelait Uepishtikueiau, mot qui siginifie « là où le fleuve rétrécit » :

« Est-ce que je peux débarquer ? » a dû demander le Français au Montagnais. Il faisait des gestes. L’Indien ne comprenait pas du tout […] Alors il lui dit : « Paka » (débarque). C’est ce qui dut être dit au Français par le Montagnais qui désignait sa terre. « Paka ute » (débarque ici) […] On dit que c’est la raison pour laquelle il a appelé cet endroit « Québec », il n’avait pas compris (ce qu’on lui disait) […] Alors, comme le Montagnais avait une très bonne terre, le Français la lui demanda pour y faire un grand village […] « Si tu acceptes [de céder les environs de Uepishtikueiau], nous serons très bons avec toi, c’est ici que vous prendrez ce dont vous aurez besoin à l’intérieur des terres, comme des fusils. Puis, viendra le temps où ce sera ici que vous prendrez tout ce dont vous aurez besoin pour vous nourrir […] Et il lui a laissé sa terre. L’homme blanc s’est installé sur la terre du Montagnais quand celui-ci la lui a concédée, et lui, le Montagnais, l’a quittée2

Pierre Courtois, aîné montagnais
de Natashquan

Après 1608…

La fondation de Québec en 1608 aura des répercussions à la fois positives et négatives sur les premiers habitants. Elle mènera à une cohabitation continuelle entre les cultures amérindiennes et française dans la région de Québec jusqu’à la fin de la Nouvelle-France, en 1759-1763.

De nos jours, l’histoire d’Uepishtikueiau est toujours vivante dans la mémoire des Amérindiens, notamment des Montagnais. La tradition orale l’évoque encore et, pour certains, le lieu n’a jamais changé de nom. Il est et reste « là où le fleuve rétrécit ».

SUGGESTIONS DE LECTURE

CHAMPLAIN, Samuel de. Premiers récits de voyages en Nouvelle-France, 1603-1619. Réédition intégrale en français moderne, introduite et annotée par Mathieu d’Avignon, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2009.

D’AVIGNON, Mathieu. « L’alliance franco-montagnaise de 1603 : un événement fondateur méconnu de l’histoire du Québec », dans Mathieu D’Avignon et C. Girard (dir.), A-t-on oublié que jadis nous étions « frères »? Alliances fondatrices et reconnaissance des peuples autochtones dans l’histoire du Québec, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2009, p. 59-94.

TRUDEL, Marcel. Histoire de la Nouvelle-France. II. Le comptoir, 1604-1627, Montréal et Paris, Fides, 1966.

TRUDEL, Marcel. Histoire de la Nouvelle-France. III. La seigneurie des Cent-Associés, 1627-1663, t. 1 : « Les événements », Montréal, Fides, 1979.

TRUDEL, Marcel. Histoire de la Nouvelle-France. III. La seigneurie des Cent-Associés, 1627-1663, t. 2 : « La société », Montréal, Fides, 1983.

 


1 CARTIER, J. Voyages au Canada, suivis du voyage de Roberval, Montréal, Comeau et Nadeau, 2000, p. 70-71.

2 VINCENT, S. et J. BACON (collab.). « L’arrivée des chercheurs de terres. Récits et dires des Montagnais de la Côte-Nord »,Recherches amérindiennes au Québec, vol. XXII, nos 2-3, 1992, p. 22.