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Fondation de Québec

De 1603 à 1635

Débarquer en Nouvelle-France

Le 3 juillet 1608, Samuel de Champlain et des hommes envoyés par la compagnie marchande de Pierre Dugua de Mons débarquent au pied du cap aux Diamants.  Ensemble, ils vont fonder le premier établissement européen durable en Nouvelle-France. Champlain n’est pas tout à fait en terrain inconnu puisqu’il y est venu en 1603. Pour lui, l’endroit présente un véritable potentiel géographique et stratégique :

De l’île d’Orléans jusqu’à Québec, [il] y a une lieue et [j’]y arrivai le 3 juillet. Où étant je cherchai lieu propre pour notre habitation, mais je n’en pu trouver de plus commode ni mieux situé que la pointe de Québec, ainsi appelée des sauvages, laquelle est remplie de noyers1.

Samuel de Champlain

Entre autres avantages du site de Québec, son fleuve et les cours d’eau avoisinants permettent de circuler à l’intérieur du territoire. De plus, ce qui deviendra plus tard l’anse du Cul-de-Sac offre un abri commode pour les embarcations, tandis que la falaise constitue une forteresse et un observatoire naturels. Enfin, la présence des Amérindiens laisse entrevoir des échanges fructueux pour la traite des fourrures et pour un soutien mutuel si la nourriture venait à manquer. Champlain fait construire une première habitation qui servira de logement, d’entrepôt, de poste de traite et de fort.

Assassiner… Champlain?

Parmi les hommes qui accompagnent Champlain, le serrurier Jean Duval a d’autres visées que la fondation de la colonie. Il compte en effet s’emparer de la nouvelle habitation de Québec pour la vendre aux Basques ou aux Espagnols qui arpentent le fleuve Saint-Laurent à cette époque. Cependant, pour passer à l’action, il doit… assassiner Champlain! Au dernier moment, Duval est dénoncé par un de ses complices et le plan est déjoué. Champlain fait arrêter les comploteurs et improvise un tribunal avec son collaborateur François Gravé du Pont et d’autres hommes de l’expédition de Québec. Le responsable du complot, Jean Duval, est condamné, pendu et décapité.

L’événement marque l’implantation d’un mode de règlement de la justice criminelle en Nouvelle-France et permet à Champlain d’affirmer son autorité sur les colons qui participent à l’aventure…

Apprivoiser le dur hiver

Des Français retournent dans leur pays avant l’hiver. Des barques les ramènent à Tadoussac d’où repartent les bateaux pour l’Europe. Champlain et 28 compatriotes se préparent à passer leur premier hiver à Québec. L’expérience sera particulièrement tragique : une dizaine d’entre eux seulement, dont Champlain, survivent au scorbut et voient arriver le printemps tant attendu!

Les hivers suivants sont moins meurtriers. Les colons s’y adaptent de mieux en mieux, notamment parce qu’ils deviennent plus habiles à la chasse et qu’ils peuvent ainsi manger de la viande fraîche au lieu des seules viandes séchées et salées venues de France.

Développer la petite colonie

En 1624, Champlain décide de remplacer la première habitation en bois par une seconde, en pierre cette fois et construite au même endroit. De nouvelles constructions apparaissent sur le site actuel de Place-Royale. Le quartier se développe comme centre du commerce et lieu de résidence. Parallèlement, dès le milieu des années 1620, le fort Saint-Louis est érigé sur les hauteurs du cap aux Diamants. Le choix de l’emplacement annonce le déplacement du pouvoir politique colonial, puis de l’autorité religieuse vers la haute-ville.

Côtoyer des nations amérindiennes, amies et ennemies 

Dès la fondation de Québec, les Français cohabitent avec les Montagnais-Innus de la région et avec les membres d’autres nations amérindiennes de passage. Dans son récit de 1608, Samuel de Champlain mentionne la présence de Montagnais campés dans les environs pour l’hiver. L’année suivante, il part pour l’Iroquoisie en compagnie de guerriers montagnais. En route, il rencontre des Algonquins et des Hurons avec qui il conclut une entente militaire contre les Iroquois. Puis, au terme d’un court affrontement, ils ont effectivement le dessus sur l’ennemi. L’alliance franco-montagnaise de 1603 tout comme les accords conclus peu avant la bataille sont désormais scellés définitivement. À Québec, les Montagnais font cadeau à Champlain de la tête d’un guerrier iroquois et d’armes ennemies « pour les conserver, afin de les montrer au roi2 ».

Conclure des affaires et des alliances à Québec

Les récits de voyage de Champlain, plus particulièrement ceux qui décrivent les expéditions françaises au Canada de 1608 à 1629, évoquent souvent la présence des Amérindiens aux environs de Québec qui devient un comptoir de traite important. Lorsque la température et les circonstances s’y prêtent, les Français et les Amérindiens y font des affaires :

Leur foire est bientôt faite. Le premier jour [que les Hurons-Wendats venus de la baie Georgienne] arrivent ils font leur cabane, le second ils tiennent conseils et font leurs présents; le troisième et quatrième ils traitent, ils vendent, ils achètent, ils troquent leurs pelleteries et leur pétun [tabac] contre des couvertures, des haches, des chaudières, des capots, des fers de flèches, des petits canons de verre, des chemises et choses semblables3.

  Paul Le Jeune, père jésuite

Au cours des années 1630, près d’un millier d’Amérindiens prennent l’habitude de se regrouper aux environs de Québec pendant l’été pour discuter affaires et commerce avec les Français. Les nations alliées adoptent l’endroit pour y renégocier et confirmer leurs alliances, et se livrer à des jeux de diplomatie. Montagnais, Algonquins, Hurons, Népissingues et d’autres nations amérindiennes y défendent leurs intérêts respectifs. 

SUGGESTIONS DE LECTURE

AUGER, R. « L’espace amérindien avant l’arrivée des Européens à Québec », dans Marc Vallières et autres, Histoire de Québec et de sa région, t. I : « Des origines à 1791 », Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2008, p. 59-100.

CHAMPLAIN, Samuel de. Premiers récits de voyages en Nouvelle-France, 1603-1619, réédition intégrale en français moderne, introduite et annotée par Mathieu D’Avignon, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2009.

D’AVIGNON, Mathieu « L’alliance franco-montagnaise de 1603 : un événement fondateur méconnu de l’histoire du Québec », dans Mathieu D’Avignon et C. Girard (dir.), A-t-on oublié que jadis nous étions « frères »? Alliances fondatrices et reconnaissance des peuples autochtones dans l’histoire du Québec, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2009, p. 59-94.

DELÂGE, D., et M. D’AVIGNON. « We shall be one people, Québec », Common-Place, vol. 3, no 4, 2003, publication électronique de l’American Antiquarian Society et du Gilder Lehrman Institute of American History. [En ligne], [adresse Web?].

TRUDEL, Marcel. Histoire de la Nouvelle-France II. Le comptoir, 1604-1627, Montréal et Paris, Fides, 1966.

TRUDEL, Marcel. Histoire de la Nouvelle-France. III. La seigneurie des Cent-Associés, 1627-1663, t. 1 : « Les événements », Montréal, Fides, 1979.

TRUDEL, Marcel. Histoire de la Nouvelle-France. III. La seigneurie des Cent-Associés, 1627-1663, t. 2 : « La société », Montréal, Fides, 1983.

 


1 CHAMPLAIN, Samuel de. Premiers récits de voyages en Nouvelle-France, 1603-1619, réédition intégrale en français moderne, introduite et annotée par Mathieu ’Avignon, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2009, p. 169.

2 Ibid., p. 204.

3 Relations des Jésuites, Montréal, Éditions du Jour, 1972, vol. 1, p. 39.