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Incendies

De 1682 à 2009

Les incendies ponctuent l’histoire

L’histoire de Place-Royale est marquée par une série d’incendies tragiques pour les résidents, dévastateurs pour les habitations et les bâtiments. Dès la fondation de Québec, le feu fait constamment craindre le pire :

Le souci de protéger la communauté contre le feu ne porte que sur les villes, où l’incendie d’une maison menace toujours de tourner en une conflagration : les bâtiments collés les uns aux autres, les toits en bardeaux, les pailles et autres déchets qu’on jette dans les rues et, surtout, la quantité énorme de bois de chauffage que l’on corde dans les cours ou contre les maisons faisaient de la ville un vaste bûcher prêt à s’enflammer1.

Marcel Trudel, historien

En 1632, les Français qui reviennent à Québec après la prise de la colonie par les frères Kirke constatent que les envahisseurs ont incendié l’habitation et le vieux magasin de la basse-ville.

Par la suite, le premier incendie qui se propage au grand désarroi de tous survient dans la nuit du 4 au 5 août 1682. Il réduit en cendres 55 des 85 maisons de la basse-ville et plusieurs commerces. Au cours des décennies suivantes, des habitations et bâtiments de Québec flambent et sont reconstruits, particulièrement après le siège de 1690 et celui de 1759.

Après la ratification de la Proclamation royale de 1763, qui met fin à l’existence de la Nouvelle-France, les autorités britanniques établies à Québec doivent à leur tour prévenir et combattre les incendies. En 1793, le feu prend naissance rue du Sault-au-Matelot et détruit une douzaine de maisons et un entrepôt.

Au 19e siècle, la menace demeure quotidienne. Lorsqu’un incendie débute à Place-Royale ou dans les quartiers avoisinants, toute la basse-ville est sur un pied d’alerte. Des feux se répandent ainsi à quelques reprises et causent des dommages importants. C’est le cas en 1838, puis en 1865 lorsque près de 150 maisons de la rue Champlain disparaissent dans les flammes. 

Pour prévenir les incendies et y réagir le plus efficacement possible, les autorités coloniales françaises et britanniques, puis les autorités municipales, élaborent des mesures et des méthodes adaptées à l’environnement de Place-Royale et des environs. On accorde une attention spéciale aux quartiers du Petit-Champlain et de Près-de-Ville, tous deux situés sous le cap aux Diamants à la basse-ville et isolés des autres quartiers plus populeux comme ceux de Saint-Roch et de Saint-Jean.

La lutte contre le feu s’amplifie sous le Régime français

Du temps de la Nouvelle-France, les premières ordonnances officielles concernant la prévention des incendies sont promulguées au cours des années 1670 par le Conseil souverain puis par l’intendant. Les règlements concernant les incendies instaurés aux 17e et 18e siècles par les autorités coloniales françaises sont mis en place progressivement, mais ils sont loin d’être respectés de tous…

Les autorités imposent notamment les consignes et les interdictions suivantes :

  • Il est interdit d’utiliser le bardeau et la planche chevauchée dans le recouvrement des toitures;
  • Il est interdit aux habitants de laisser la paille et le fumier dans les rues;
  • Des puits doivent être creusés à la basse-ville et à la haute-ville pour faciliter l’accès à l’eau;
  • Une échelle doit être placée sur le toit des bâtiments pour en faciliter l’accès. Au besoin, on peut ainsi abattre les combles pour limiter la propagation du feu. Une autre échelle doit être adossée à la maison, également pour permettre d’atteindre le toit;
  • Les murs mitoyens entre les maisons qui servent de murs coupe-feu doivent être plus hauts que les toits;
  • La réserve de bois de chauffage – appelée le « carré » – doit être transportée à bonne distance des habitations et à proximité du palais de l’intendant;
  • Les nouvelles habitations doivent être construites en pierre et les murs-pignons doivent être de maçonnerie;
  • Les cheminées doivent être ramonées régulièrement;
  • Il est défendu d’utiliser du bois pour construire les fondations des habitations ainsi que les murs de façade et de pignon;
  • Il est interdit de faire des feux dans les cours intérieures;
  • La quantité de poudre à fusil que chacun peut avoir en sa possession à son domicile est limitée.

Les règlements concernant l’usage de la pierre dans les nouvelles constructions favorisent le développement de réseaux d’échange locaux et l’exploitation des ressources de la région. En effet, les pierres utilisées aux 17e et 18e siècles lors de la construction des maisons de Place-Royale – pierres, grès, calcaire, schiste – proviennent du cap aux Diamants, mais aussi de Beauport, de Sillery, de Cap-Rouge, de Pointe-aux-Trembles (Neuville), de L’Ange-Gardien, de l’île d’Orléans, du cap Saint-Claude (Côte-du-Sud) et de la côte de Lauzon.

Le combat se poursuit sous l’administration anglaise

Des règlements instaurés au temps du Régime français sont reconduits par les autorités coloniales britanniques dès les années 1760. D’autres mesures s’ajoutent comme la création du Comité du feu. Des pompes à incendie sont commandées en Angleterre dès 1765. En 1789, la Société du feu voit le jour, issue de l’ancienne Société amiable, société privée de lutte contre les incendies constituée en 1769. Ce nouvel organisme met en place des moyens de prévention plus efficaces et dispose, entre autres, de cinq pompes à bras auxquelles s’ajoutent sept pompes possédées par la garnison et des particuliers.

Au cours des années qui suivent, de nombreux regroupements de particuliers s’organisent pour lutter contre le feu. En 1842, le Fire Department of the City of Quebec est créé et administré par les instances municipales. Au milieu du 19e siècle, la construction d’un premier aqueduc, combinée à l’implantation d’un réseau de bornes-fontaines, facilite le travail des pompiers qui ont désormais accès à des sources d’eau dans tous les quartiers. En 1866, le conseil municipal forme la Brigade de feu, constituée à l’origine d’une vingtaine de pompiers professionnels. Ceux-ci disposent de leur première grande échelle à compter de 1877. À compter de 1912, le service de protection d’incendies améliore grandement son efficacité en remplaçant peu à peu les chevaux par des voitures à essence conçues spécialement pour les services de pompiers.

L’ère des casernes est arrivée

La première caserne de pompiers, la caserne Dalhousie, date de 1896. Elle est elle-même… réduite en cendres en 1911. Une seconde est construite en 1912 (les locaux actuels de la compagnie Ex Machina de Robert Lepage), en même temps que la caserne de la rue Champlain. Des casernes apparaissent dans les autres quartiers de la ville. Aujourd’hui, le Service d’incendie de la ville de Québec en compte seize.

Les équipements et les techniques d’intervention des services d’incendie de la ville s’améliorent continuellement. Au fil du temps, les moyens de communication sont passés du tocsin au télégraphe, puis du téléphone à la messagerie et aux alarmes instantanées. Les risques d’incendie diminuent. Et lorsque le combat doit avoir lieu, il se fait avec les meilleures tactiques!

SUGGESTIONS DE LECTURE

CÔTÉ, R., et autres. Portraits du site et de l’habitat de Place-Royale sous le Régime français, synthèse, Québec, Les Publications du Québec, 1992.

GRENIER, A. Incendies et pompiers à Québec, 1640-2001, Québec, Éditions GID, 2005.

LAURENT, J. et J. ST-PIERRE. Policiers et pompiers en devoir, 1851-1977, Sainte-Foy, Les Publications du Québec, 2005.

LEBEL, Jean-Marie. Québec, 1608-2008 : les chroniques de la capitale, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2008.

TRUDEL, Marcel. Initiation à la Nouvelle-France. Histoire et institutions, Montréal et Toronto, Holt, Rinehart et Winston, 1968.

 


1 TRUDEL, Marcel. Initiation à la Nouvelle-France. Histoire et institutions, Montréal et Toronto, Holt, Rinehart et Winston, 1968, p. 246.