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Attaque de Phips

1690

La Nouvelle-France est dans la mire des Anglais

À la fin du17e siècle, la Nouvelle-France tarde toujours à se peupler comparativement aux colonies anglaises voisines. Ainsi, en 1682, Québec compte 1 200 habitants. C’est bien peu alors que l’on en dénombre 225 000 dans les colonies britanniques voisines en 1700!

Place-Royale est alors une petite agglomération : 300 personnes y habitent, surtout des marchands, des administrateurs coloniaux, des artisans et des bourgeois. On y trouve une soixantaine de maisons et une dizaine de boutiques-magasins.

Les Français demeurent toutefois des ennemis redoutés par les Anglais établis en Amérique du Nord-Est en raison de leur réseau d’alliances avec de nombreuses nations amérindiennes. Au milieu des années 1660, les Anglais expulsent les Hollandais de leurs colonies nord-américaines, et c’est alors que les rivalités européennes en Amérique du Nord-Est se polarisent. La Couronne anglaise et les coloniaux établis dans leurs territoires nord-américains décident de prendre de force les principaux centres de peuplement français, soit Québec, le Canada et l’Acadie.

Au printemps 1690, William Phips, capitaine de marine natif de Boston, reçoit pour mission des autorités coloniales du Massachusetts de s’emparer des colonies acadiennes. Nommé major général de l’expédition, il commande une flotte et une armée puissantes qui le mènent à la victoire : pour le compte de son roi, il prend possession de Port-Royal, de Pentagouet et de Passamaquoddy.

Encouragés par l’expédition victorieuse de Phips, les autorités coloniales anglaises élaborent une autre attaque visant à la fois Montréal et Québec.

Des troupes de terre parties de la Nouvelle-Angleterre et de New York essuient un échec à Montréal.

William Phips et ses hommes se postent devant Québec…

Partie de la région de Boston au mois d’août 1690, la flotte que dirige Phips regroupe une trentaine de navires et transporte 2 000 miliciens. Au lever du jour, le 16 octobre, ils sont devant Québec. De son côté, le gouverneur Louis de Buade de Frontenac organise la défense de la ville et dispose d’une armée de 3 000 hommes, composée de troupes régulières et de miliciens, prête à affronter l’ennemi.

Avant d’attaquer la ville, Phips dépêche le major Thomas Savage pour se présenter devant Frontenac et exiger la reddition de Québec. La riposte lui parvient, formule devenue célèbre depuis lors et largement reprise dans la plupart des livres d’histoire de la Nouvelle-France et du Québec :

Je n’ai point de réponse à faire à votre général que par la bouche de mes canons et à coups de fusil, qu’il apprenne que ce n’est pas de la sorte qu’on envoie sommer un homme comme moi, qu’il fasse du mieux qu’il pourra de son côté, comme je ferai du mien1.

Louis de Buade de Frontenac, gouverneur

L’attaque a lieu. Un millier de miliciens débarquent sur la rive nord de la rivière Saint-Charles en vue de traverser la rivière sur de petites embarcations et d’attaquer Québec. Commandés par le major John Walley, ils s’installent sur les battures de Beauport et dressent une batterie de canons. Leur débarquement mène d’abord à quelques escarmouches. Les miliciens canadiens sont alors dirigés par Nicolas Juchereau de Saint-Denis et Jacques Le Moyne de Sainte-Hélène. Ils empêchent les Anglais de progresser et les attaquent constamment jusqu’à la fin du siège. Cependant, les miliciens du Massachusetts infligent quand même des pertes importantes à leurs adversaires en incendiant des fermes de La Canardière et en tuant le bétail des habitants.

Pendant ce temps, Phips poste quatre navires de guerre devant Québec et ordonne le bombardement de la ville.

Les Anglais battent en retraite

Phips constate rapidement qu’il ne dispose pas des forces et des moyens nécessaires pour prendre la ville protégée par des batteries bien aménagées. Le site dispose également d’atouts naturels : la rivière Saint-Charles et l’étroitesse de la basse-ville de Québec, qui rend tout débarquement à cet endroit impossible et suicidaire, empêchent les assiégeants de mener à terme leur plan initial. De plus, la riposte des canonniers français a endommagé plusieurs vaisseaux anglais.

La malchance s’acharne sur les Anglais. Les miliciens du Massachusetts sont indisposés par le froid. En outre, la petite vérole, ou variole, fait des centaines de victimes parmi eux. Les munitions de guerre de la flotte de Phips sont rapidement épuisées. Des naufrages survenus entre Boston et Québec le privent de plusieurs hommes, d’armes et de munitions supplémentaires. Finalement, William Phips se résigne à la retraite. Après avoir procédé à l’échange de prisonniers, il ordonne à tous de lever l’ancre et de hisser les voiles.

Le 24 octobre, les assiégeants quittent Québec, au grand soulagement de la population et des autorités coloniales françaises.

Ce n’est que partie remise?

Frontenac est persuadé que les Britanniques reviendront à la charge. Il convainc donc les autorités de mieux fortifier la ville et fait construire, entre autres, une nouvelle batterie au bout de la rue Sous-le-Fort et donnant sur le fleuve. Cette fortification, en forme de demi-cercle, est nommée « batterie Royale » en l’honneur du roi Louis XIV qui en paie le coût. Elle permet aux soldats et à leurs canons de suivre le trajet des navires qui avancent sur le fleuve.

En s’emparant sans trop de difficultés des principaux centres de peuplement de l’Acadie française en 1690, Phips et ses troupes laissent entrevoir la possibilité pour les Anglais de poursuivre leurs attaques contre l’Acadie et le Canada.

En 1713, la signature du traité d’Utrecht entre la France et la Grande-Bretagne a de lourdes conséquences pour la Nouvelle-France. L’Acadie tout entière devient ainsi une possession de la Couronne britannique, ses habitants des sujets de la Grande-Bretagne. L’espace séparant les avant-postes et les colonies britanniques de Québec rétrécit. Les Britanniques contrôlent de plus en plus l’entrée du golfe du Saint-Laurent.

Le Canada se retrouve de plus en plus isolé. La métropole, pour sa part, semble sous-évaluer le poids de la menace sur ce qui reste de la Nouvelle-France.

SUGGESTION DE LECTURE

CÔTÉ, R., et autres. Portraits du site et de l’habitat de Place-Royale sous le Régime français, synthèse, Québec, Les Publications du Québec, 1992.

 


1 [Lettre de Phips à Frontenac et réponse verbale de Frontenac] (17 octobre 1690), Correspondance générale, 1690-1691, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Archives coloniales françaises, C11A, vol. 11, fo 34.