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Québec, ville portuaire

De 1608 à aujourd’hui

La baie silencieuse devient un site animé (1608-1650)

Dès l’époque de Champlain, la baie qui forme un havre naturel bordant le site de Québec prend le nom de Cul-de-Sac, lieu de mouillage et d'hivernement de petits et de moyens bâtiments. Les berges du fleuve correspondent alors au trottoir actuel du boulevard Champlain.

À compter de 1648, on commence à pratiquer le libre commerce d’import-export en Nouvelle-France. Avoir sa boutique à Place-Royale devient un atout parce que l’endroit est proche du port, là où se brassent les affaires.

En 1650, Québec est un petit bourg d’une trentaine de maisons. Cependant, les choses changent vite à compter des années qui suivent et Place-Royale voit sa population et son achalandage augmenter considérablement. Du début à la fin de l’été, le Cul-de-Sac accueille désormais de nombreux immigrants français : engagés, nouveaux habitants, gens de métier, marchands et négociants. Durant la seconde moitié du 17e siècle, Place-Royale va devenir un centre administratif important principalement centré sur l’entreposage des pelleteries et la distribution des marchandises pour la traite avec les autochtones.

Les filles à marier arrivent à Québec (1665)

Vers 1660, la Nouvelle-France est encore un monde d’hommes venus d’Europe pour améliorer leur condition, s’établir et fonder une famille. Toutefois, les femmes à marier sont rares. Le roi de France décide alors de favoriser le peuplement en autorisant l’envoi des « Filles du roi ». Elles sont recrutées, entre autres, parmi les pensionnaires de La Salpêtrière à Paris, lieu d’accueil pour des femmes qui vivent dans la pauvreté. D’autres sont des orphelines de l’État. C’est ainsi qu’en juin 1665 un bateau arrive à Québec avec de jeunes Françaises dont on entend faire des épouses. Dans le port, une foule masculine se presse. Des couples se forment presque aussitôt.

Pour encourager les unions, les autorités coloniales vont jusqu’à pénaliser les pères ayant des enfants célibataires de 20 ans et plus pour les fils, de 16 ans pour les filles. Bientôt, les hommes célibataires se font servir un avertissement : ceux qui ne trouveront pas épouse dans un délai de quinze jours suivant l’arrivée des prochaines « Filles du roi » ne pourront ni chasser ni pêcher, pas plus qu’ils ne pourront traiter avec les Amérindiens.

Le site naturel prend de l’expansion (1682)

En 1680, on compte 300 habitants qui vivent à Place-Royale : négociants, commerçants, administrateurs coloniaux et professionnels, dont des notaires et des ingénieurs. On trouve aussi des artisans de l’alimentation (boulanger, boucher et autres), du cuir, de la construction, du bois, du fer et du textile. Les activités maritimes mobilisent d’autres travailleurs. Tous évoluent dans une société régie par les représentants du roi. Leur autorité s’exerce depuis le château Saint-Louis et le palais épiscopal, tout en haut de la côte de la Montagne.

Les résidents de Place-Royale en viennent à se sentir à l’étroit. Ceux qui en ont les moyens ajoutent un étage à leur maison ou construisent des toits mansardés. D’autres réduisent ou sacrifient leur cour arrière.

À compter de 1682, on accapare davantage les berges du fleuve en procédant à des « remplissages » : fumier et autres immondices, pierres et déchets de construction sont déversés dans le fleuve. Du printemps jusqu’à l’automne, un éboueur collecte les ordures qu’il transporte sur la grève. Les charretiers et les gravetiers doivent, sous peine d’emprisonnement pour les contrevenants, porter les décombres des bâtiments en construction aux endroits désignés. Le terrain gagné permet de bâtir d’imposantes résidences sur la rue Saint-Pierre, de dresser l’enceinte de la basse-ville et d’augmenter les installations défensives, telles les batteries Royale, Hazeur, Dauphine, Levasseur et Vaudreuil.

Place-Royale est un centre d’import-export (1686-1758)

La colonie existe d'abord pour faire prospérer la mère patrie. En retour des matières premières, la métropole expédie en Nouvelle-France ses produits finis. L’importation devient vite le moteur des activités commerciales de Place-Royale. Cependant, la population dépend toujours de la métropole, des marchands et négociants français ainsi que des commerçants canadiens. Ceux-ci fournissent en exclusivité à la petite communauté ce qu’il lui faut pour se nourrir, se vêtir, s’outiller, se loger ou se divertir.

Lorsqu’un bateau arrive, son capitaine se présente au Bureau du Domaine de l’Occident pour déclarer le contenu du chargement, préciser les marchandises soumises à des droits d’entrée et identifie les commerçants qui attendent une livraison. Le déchargement s’effectue sous l’œil attentif des inspecteurs de l’administration coloniale. Les marchandises attentivement vérifiées sont remises à leurs propriétaires qui en confient l’expédition jusqu’aux clients à des charretiers. Les nouveaux produits seront livrés dans les boutiques.

Les exportations se limitent obligatoirement aux matières premières comme le blé, le bois, le poisson et, surtout, les fourrures qui comptent pour 70 p. 100 des exportations en 1739. Ces marchandises sont généralement expédiées en France pour y être manufacturées.

Tout commerce avec des pays étrangers est interdit. Les coloniaux doivent respecter les édits et ordonnances. Cependant, à l’occasion, ils font des affaires clandestines. Leurs partenaires habitent, par exemple, quelque part dans les Treize Colonies britanniques voisines…

La politique stricte des échanges entre la France et sa colonie est maintenue jusqu’en 1725. Par la suite, les directives s’assouplissent, notamment en raison de l’effondrement du marché de la fourrure1.

Un important chantier naval voit le jour (1746)

Avec le développement du Cul-de-Sac, on en vient à y effectuer des travaux d’entretien sur les navires transatlantiques, puis à installer un important chantier de construction navale. Les bateaux construits vers les années 1750 portent souvent des noms qui évoquent le territoire et la culture locale, par exemple, l’Orignal, l’Algonquin, l’Abénaquise, le Québec.

Place-Royale devient un terminus pour les transatlantiques (1760-1860)

À la fin du Régime français, Place-Royale attire toujours un flot continu de navires. Les bateaux transatlantiques de fort tonnage ne peuvent toutefois se rendre à Montréal en raison des hauts-fonds marins. Le port de Québec s’impose dès lors comme le terminus maritime des activités civiles, commerciales et militaires de la Nouvelle-France. Toute personne, marchandise ou missive qui entre dans la colonie ou en sort doit transiter par le port de Québec, le plus important du Canada et l’un des plus actifs en Amérique du Nord.

Jusqu’aux années 1870, le port de Québec demeure très actif. Avant 1793, une centaine de vaisseaux transatlantiques à voile s’y ancraient annuellement. Au milieu du siècle suivant, on en dénombre jusqu’à 1 5002! Durant les années 1830-1860, des navires à vapeur s’ajoutent.

À compter de 1870, les activités portuaires de Québec vont en diminuant. Cela s’explique principalement par le dragage du fleuve qui ouvre désormais la voie aux transatlantiques vers le sud et par le développement de villes concurrentes à proximité des États-Unis.

De nos jours, le site traite avec le monde entier

Aujourd’hui, 400 ans après sa fondation, la ville de Québec conserve son caractère maritime et portuaire, entretient des échanges commerciaux avec plus de 60 pays annuellement, accueille environ 1 500 cargos et navires et voit défiler une centaine de milliers de croisiéristes et de membres d’équipage. 

SUGGESTIONS DE LECTURE

CAMU, P. Le Saint-Laurent et les Grands Lacs au temps de la voile, 1608-1850, LaSalle, Hurtubise HMH, 1996.

CASTONGUAY, J. La saga de la navigation à Québec et sur le Saint-Laurent, Québec, Septentrion, 2007.

FRANCK, A. Naviguer sur le fleuve au temps passé, 1860-1960, Sainte-Foy, Les Publications du Québec, 2000.

LECLERC, J. Les pilotes du Saint-Laurent, 1762-1960 : l’organisation du pilotage en aval du havre de Québec, Sainte-Foy, Éditions GID, 2004.

MATHIEU, J. La Nouvelle-France : les Français en Amérique du Nord, XVIe-XVIIIe siècles, Paris et Québec, Belin et Les Presses de l’Université Laval, 1991.

 


1 MATHIEU, Jacques. La Nouvelle-France : les Français en Amérique du Nord, XVIe-XVIIIe siècles, Paris et Québec, Belin et Les Presses de l’Université Laval, 1991, p. 146.

2 VALLIÈRES, Marc. « Québec : port d’entrée de l’Amérique du Nord britannique », dans Marc Vallières et autres, Histoire de Québec et de sa région, t. II : « 1792-1939 », Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2008, p. 761.