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Siège de 1759 et bataille des plaines d’Abraham

De 1759 à 1763

Québec : une cible pour les Britanniques depuis 150 ans

Les frères Kirke ont bel et bien pris possession de la colonie en 1629. Cependant, une paix ratifiée en Europe a forcé l’Angleterre à rendre Québec à la France trois ans plus tard. Par la suite, les tentatives de Phips en 1690 et de Walker en 1711 ont mené à des échecs.

Au milieu des années 1750, l’enjeu de la guerre se déplace temporairement en Ohio, région convoitée par les Britanniques et contrôlée par des Amérindiens alliés des Français. Par la suite, les débuts de la guerre de Sept Ans (1756-1763), marqués par une série de victoires françaises sur le continent américain, sont loin de laisser présager les futurs revers pour les habitants de Québec, de Trois-Rivières, de Montréal et des seigneuries canadiennes.

Par ailleurs, l’infériorité numérique des Français par rapport aux Anglais est préoccupante. En 1763, la Nouvelle-France canadienne compte de 65 000 à 80 000 habitants. À la même époque, plus d’un million d’habitants originaires des îles britanniques, d’autres pays d’Europe – notamment de France – et d’Afrique peuplent les Treize Colonies britanniques voisines.

Lorsque les navires britanniques parviennent à Québec en 1759, à peine une centaine de bâtiments constituent Place-Royale, des maisons et des édifices commerciaux pour la plupart :

Il ne nous est plus permis de douter que les Anglais n’eussent formé le dessein de nous attaquer par mer et par terre1.

Témoin anonyme

Bombardements et incendies : un lourd bilan

Le 12 juillet 1759 commencent les bombardements systématiques et les tirs de pots à feu sur Québec. La première nuit, la cathédrale et une vingtaine de maisons sont incendiées. Le surlendemain, 80 maisons sont détruites par les quelque 14 000 bombes lancées depuis le début du siège. Le 9 août, les canonniers britanniques ciblent la basse-ville :

Les ennemis nous ont canonnés et bombardés comme ils n’ont encore jamais fait beaucoup de pots à feu et carcasses dont quelqu’unes ont embrasé la basse-ville; il y a eu 140 à 150 maisons de réduites en cendres; depuis la maison du sieur Boisseau à aller chez le sieur Voyer dans le Cul de Sac tout est consumé à net2.

 

Construite en 1687-1688 et connue de tous, l’église Notre-Dame-des-Victoires symbolise toujours en 1759 la résistance française devant les envahisseurs anglais/britanniques des années 1690 et 1711. Or, l’église phare croule elle aussi lors des incendies de la basse-ville. Elle ne sera reconstruite qu’en 1763-1766.

Les bombardements de la basse-ville et de la haute-ville de Québec se poursuivent jusqu’en septembre 1759. Le bilan est lourd. De nombreuses maisons ont été incendiées et détruites dans la ville de Québec, jusqu’à la porte Saint-Jean, et dans le quartier Saint-Roch. Les dommages s’étendent jusque sur l’île d’Orléans, à L’Ange-Gardien, à Baie-Saint-Paul, à Beaumont, à Deschambault, à Kamouraska et dans la région de la Côte-du-Sud. À l’approche de l’hiver, de nombreuses familles sont sans foyer.

C’est la fin de la Nouvelle-France canadienne.

Dans la basse-ville de Québec, de rares maisons ont été épargnées par les bombes et les flammes. Parmi celles-là, rue Saint-Pierre, les maisons Imbert et Estèbe qui ont été construites au début de la décennie tiennent toujours. Des maisons incendiées ont conservé leurs murailles de pierre du premier et du deuxième étage. C’est le cas de la maison Chevalier, construite en 1752 et reconstruite après les bombardements de 1759 et après un incendie en 1762.

La suite : la bataille des plaines d’Abraham

Au même moment, des troupes britanniques convergent vers Montréal et Québec par voie terrestre. Le 13 septembre, les Britanniques débarquent à l’anse au Foulon et parviennent aux plaines d’Abraham.

Portrait des effectifs? Au début de l’été 1759, les Français disposent de quelque 16 000 hommes, troupes régulières, troupes de la marine, milices canadiennes, guerriers amérindiens. Du côté des adversaires, l’Angleterre est aux commandes d’une armée de quelque 26 000 hommes, soldats réguliers, troupes de la marine, miliciens coloniaux.

À la tête des troupes de la colonie, Louis-Joseph de Montcalm commet des erreurs stratégiques importantes sur les plaines d’Abraham, comme de ne pas attendre les renforts de Pierre Rigaud de Vaudreuil et de Louis-Antoine de Bougainville avant d’attaquer. Son geste donne le dessus aux assiégeants. Lorsqu’il est finalement blessé au combat, ses propres hommes vont vers la défaite. De manière précipitée, selon plusieurs de ses contemporains, Jean-Baptiste-Nicolas-Roch de Ramezay, le second de Vaudreuil, capitule le 18 septembre.

Au cours des mois suivants, les troupes britanniques s’emparent également de Montréal. Québec est sous régime militaire britannique à compter de septembre 1759. Le traité de Paris de 1763 y met fin lorsque la Nouvelle-France est cédée par la France à la Grande-Bretagne.

La reconstruction : à la française malgré tout

La reconstruction des habitations, des bâtiments et des rues de la basse-ville de Québec débute au printemps de l’année 1761, après la fin des hostilités. En effet, en 1760, les Français et des miliciens canadiens ont tenté de reprendre la ville, dès lors toujours perturbée par les combats. Quand vient le moment de reconstruire, chacun doit planifier la suite des choses : nettoyer les décombres, se procurer les outils et les matériaux nécessaires, trouver la main-d’œuvre ou des collaborateurs parmi ses proches, disposer des ressources financières suffisantes pour rebâtir.

Les maisons reconstruites après la Conquête le sont dans la tradition française. La raison est simple : maçons, charpentiers et menuisiers francophones de Québec, majoritaires pendant des décennies, travaillent d’après des modèles qui existent depuis le début du 18e siècle et qui respectent la plupart du temps les directives des diverses ordonnances publiées au fil du temps. Ces règles ont fini par former un véritable code du bâtiment. 

SUGGESTIONS DE LECTURE

FRÉGAULT, G. et M. TRUDEL (dir.).Histoire de la Nouvelle-France. Volume IX: la guerre de la conquête, 1754-1760, Montréal, Fides, 1955.

LACOURSIÈRE, J. et H. QUIMPER.Québec, ville assiégée, 1759-1760, d’après les acteurs et témoins, Québec, Septentrion, 2009.

MACLEOD, D. P. La vérité sur la bataille des plaines d’Abraham, Montréal, Les Éditions de l’Homme, 2008.

STACEY, C. P. Québec, 1759 : le siège et la bataille, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2009.

TRUDEL, Marcel. Histoire de la Nouvelle-France. X. Le régime militaire et la disparition de la Nouvelle-France, 1759-1764, Montréal, Fides, 1999.

 


1 Journal du siège de Québec [...], Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2009, p. 58.

2 Ibid., p. 114.