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Place-Royale, place publique

De 1676 à aujourd’hui

Le premier marché public : des règles strictes (1676)

Le marché le plus ancien de Québec voit le jour en 1676, à Place-Royale devant l’actuelle église Notre-Dame-des-Victoires (qui n’existe toutefois pas encore à l’époque). En semaine, les mardis et les vendredis, les agriculteurs des alentours viennent y vendre grains, volailles, gibier, œufs, beurre, viande, poissons, légumes et petits fruits. Attention, des conditions strictes encadrent la tenue du premier marché de Québec. Par exemple, il est interdit d'aller au-devant des canots qui arrivent chargés de marchandises. Les ventes doivent se faire sur la place du marché, à une certaine distance des habitations, surtout si l’on vend du poisson. Les simples citoyens et les bourgeois ont le premier choix, après quoi les aubergistes et les cabaretiers peuvent se servir.

À l’époque de la Nouvelle-France, Place-Royale sert aussi de lieu d'exécution et de châtiment public des criminels.

Un marché florissant : des produits de la colonie et d’outre-mer (1720)

En 1720, le client des commerces de Place-Royale a accès à des produits locaux et à des marchandises importées d’Europe.

Chez le marchand d’alimentation, il retrouve : des denrées de base (farine, huile d’olive, fromage); des produits fumés ou salés (bœuf, lard et morue); des produits fins (anchois, olives, câpres, friandises, figues, fruits à l’eau-de-vie, oranges, poires, raisins); des produits provenant des Antilles (sucre fin, mélasse, cassonade, rhum); des boissons alcoolisées (vin rouge et eau-de-vie, liqueurs, sherry); des condiments et des épices (sel, poivre, cannelle, clous de girofle, muscade). Chez le boulanger, il achète du pain blanc et du pain bis (de son), dont le prix et le poids sont fixés par ordonnance. Si le pain vient à manquer sur les tablettes, le boulanger peut être soumis à une amende. Dans une autre boutique, les accessoires de cuisine sont fabriqués en terre cuite, cuivre, fer, étain, faïence, argent, verre, porcelaine européenne ou chinoise, grès salin.

Les vêtements représentent un secteur important du commerce à Place-Royale : justaucorps, chemises, camisoles et gilets, coiffes et châles, capes, mantelets, écharpes, gants et mitaines, souliers français, bottes, sabots, pantoufles et escarpins, perruques, bijoux, parures, etc. On peut y trouver plus de 70 variétés de tissus : coton, toiles de coton et de lin, étoffe de laine, satin, velours, etc. Le magasin vend des garnitures et accessoires de couture. Des produits d’hygiène personnelle sont offerts : savon, poudre, fard, parfum, mouchoirs et peignes.

Pour l’ameublement et les objets de la maison, on se procure facilement des couvertures et ce qui sert à éclairer et à décorer la maison, c’est-à-dire des chandelles, des chandeliers, des ciseaux à chandelles, des anneaux de métal pour les rideaux, des cadres, des miroirs, des tapisseries, des tapis, des vases décoratifs. On y achète des produits pour le chauffage et l’entretien de la maison : bassinoires, balais et cuves. Quant aux matelas et aux oreillers, les artisans les vendent directement aux clients, sans l’intermédiaire de commerçants. Les outils, très présents dans la vie quotidienne, se vendent aussi dans les magasins : faux, pelles, pioches, scies et lames de scies, haches, coins, mèches, vilebrequins, limes, grattoirs, etc.

Pour l’écriture, le culte et les loisirs, les marchands de Place-Royale gardent notamment en stock : écritoires, plumes, plusieurs variétés de papier, statues religieuses, chapelets et images pieuses, cartes à jouer, dés, instruments de musique. On se procure également un produit apprécié par la grande majorité des habitants de la Nouvelle-France, emprunté aux cultures amérindiennes : le tabac.

La multiplication des marchés (1820)

Vers 1820, le premier marché manque d’espace. Un second est créé, situé cette fois près des berges du fleuve. On le désigne comme le « marché d’en bas ». Puis, il prend le nom de « marché Finlay » en l’honneur de son bienfaiteur, William Finlay, homme d’affaires et donateur reconnu pour l’amélioration des rues et des places publiques de Québec. La halle du marché en question est d’abord une structure modeste en bois qui sert d’abris rudimentaires pour les étals. Au milieu du 19e siècle, on construit une halle de deux étages en brique et en pierre dont le soubassement est conçu pour permettre le passage des marées. Cette halle est démolie en 1906. L’espace libéré sert de stationnement et d’emplacement pour les marchés autorisés par la Ville. En 1988, on y aménage la place de Paris.

Le grand marché Champlain apparaît en 1860 sur l’ancien  Cul-de-Sac. Les halles sont gigantesques. Le bâtiment de pierre, avec fronton et colonnade, reproduit l’envergure du style néoclassique. L’édifice est démoli en 1911.

Une double vocation : commerce et tourisme (1850)

À la fois port et carrefour commercial, Place-Royale se démarque pendant longtemps du reste de la ville. L’endroit possède en outre une tradition d’hébergement et de restauration. Dès 1648, une première auberge ouvre ses portes. Elle appartient au bien nommé sieur Boidon! Plus tard, en 1850, on dénombre dans le quartier 11 hôtels, 2 auberges ou maisons de pension, 4 restaurants et… 43 tavernes!

Les hôtels et les auberges accueillent surtout des voyageurs, tandis que les tavernes servent de point de rencontre aux journaliers et aux marins. Parmi les endroits bien connus, on cite la London Coffee House, située dans la maison Chevalier et tenue par Elizabeth Andrews. Seule aubergiste de Place-Royale à posséder une glacière pour la conservation des aliments, Mme Andrews peut diversifier le menu et servir du bœuf, du porc, du poisson, etc.

Tous ces établissements adoptent un style d’affichage des plus explicites qui leur est propre. Par exemple, sur l’enseigne peinte près de la porte d’entrée, une silhouette qui lève le coude, un baril, une pipe, une feuille de tabac, un verre pour boire. Sur la façade du Neptune Inn est accrochée une figure de proue qui provient du navire Neptune, échoué à l’île d’Anticosti en 1817. L’affichage n’a donc rien de discret à cette époque et, comme pour les magasins, l’enseigne se voit de loin. Elle est rédigée en anglais seulement, signe de la domination des anglophones dans les secteurs de l’hébergement et de la restauration. Au début des années 1840, les francophones prennent le relais. Les gens d’affaires d’origine britannique sont alors occupés à ouvrir le même genre de commerces à Montréal, ville en pleine expansion. L’essor démographique et économique de Montréal annonce le déclin des activités portuaires et commerciales de Place-Royale.

La vocation du quartier évoluera par la suite. Secteur financier actif pendant quelques décennies, Place-Royale est devenue aujourd’hui un quartier historique couru, le lieu de nombreuses activités culturelles et un endroit associé à des services d’hébergement et de restauration de qualité.

SUGGESTIONS DE LECTURE

BERGERON, Y. Les places et halles de marché au Québec, Québec, Les Publications du Québec, 1993.

CÔTÉ, R., et autres. Portraits du site et de l’habitat de Place-Royale sous le Régime français, synthèse, Québec, Les Publications du Québec, 1992.

LACHANCE, A. Juger et punir en Nouvelle-France : chroniques de la vie quotidienne au XVIIIe siècle, Montréal, Libre Expression, 2000.

SAINT-PIERRE, S., et autres. Les modes de vie des habitants et des commerçants de Place-Royale : 1660-1760, synthèse, Québec, Les Publications du Québec, 1993.