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Invasion américaine

1775 et 1776

Le troisième siège de Québec est conduit par les révolutionnaires américains

En 1774, les Treize Colonies britanniques d’Amérique – qui constitueront plus tard les États-Unis –  décident de conquérir la province de Québec par la force. Quelques mois auparavant, elles ont invité les Canadiens à réclamer davantage de l’Angleterre et à s’associer à elles pour faire front commun dans leurs revendications auprès de la métropole pour plus d’autonomie. Toutefois, rien ne progresse de ce côté. L’année suivante, le mot d’ordre est lancé : sous le commandement de Benedict Arnold et du général Richard Montgomery, il est convenu de prendre le contrôle de la province et d’en évincer les autorités coloniales britanniques. Des troupes assiègent d’abord Montréal et Trois-Rivières. À Montréal, l’administrateur colonial Guy Carleton doit capituler, fuir la ville avec ses troupes et se rendre à Québec.

Un peu partout où elles passent ou s’installent, les troupes révolutionnaires obtiennent un certain appui des habitants francophones de la province. Ceux-ci leur vendent des vivres et différentes marchandises de ravitaillement contre de l’argent sonnant. Par contre, ces gens prennent bien soin de rester à l’écart du conflit. Par la suite, leur appui décroît rapidement, plus particulièrement à Montréal où les occupants procèdent à des arrestations arbitraires.

Les premiers assiégeants atteignent la région de Québec le 14 novembre. Les forces sont nettement inégales : 1 000 miliciens vont tenter de s’emparer d’une ville fortifiée et défendue par quelque 3 500 soldats britanniques permanents et miliciens canadiens…

Peu avant de passer à l’action, Montgomery s’adresse par lettre aux assiégés. Son message est lu partout à travers la ville :

Mes frères et amis, la malheureuse nécessité de déloger les troupes ministérielles me force à faire le siège de votre ville maintenant. C’est avec une extrême douleur que je me vois réduit à des mesures qui peuvent vous être très funestes […] Nous faisons profession de venir chez vous pour y déraciner la tyrannie, pour y donner la liberté et la jouissance paisible de ses biens à cette province opprimée, ayant toujours respecté, comme sacrée parmi nous, la propriété des particuliers. Vous avez ci-incluse ma lettre au général Carleton [commandant les troupes britanniques postées dans la ville] parce qu’il a toujours adroitement évité de vous laisser prendre aucune connaissance qui fut propre à vous ouvrir les yeux sur vos véritables intérêts [en tant que colons britanniques, ils pouvaient revendiquer notamment l’implantation du parlementarisme dans la province de Québec]. S’il s’obstine et si vous le laissez persister à vous envelopper dans une ruine qu’il désire peut-être pour couvrir sa honte, ma conscience même ne me reprochera pas d’avoir manqué à vous avertir de votre danger1.

Richard Montgomery, général

Au départ, Montgomery est desservi par des circonstances défavorables dont le fait que l’engagement de ses soldats devait prendre fin au tournant de la nouvelle année et que les assiégeants ne disposent d’aucun soutien naval. Néanmoins, le général ordonne à ses hommes de prendre la ville le 31 décembre.

Les stratégies de combat mènent… à la défaite

Tandis que les troupes d’occupation font mine de s’installer sur les plaines d’Abraham, Arnold et Montgomery planifient une attaque concertée contre la basse-ville dans l’espoir de pouvoir atteindre la haute-ville le jour même.

Arnold commande une première manœuvre au pied de la falaise que surplombe la porte du Palais. Il dispose d’environ 600 hommes qui se dirigent immédiatement vers la basse-ville, longent les berges et se heurtent à une première barricade, rue du Sault-au-Matelot. La plupart parviennent à la traverser en dépit du harcèlement continu des miliciens canadiens et des soldats britanniques, mais Arnold est blessé et ne peut poursuivre l’attaque. Un peu plus loin, ses hommes se retrouvent coincés entre la première barricade et une seconde placée au pied de la falaise, rue de la Barricade. Une majorité d’entre eux acceptent de se rendre.

Parallèlement, Montgomery et quelque 300 hommes se rendent au pied du bastion du cap aux Diamants, avançant eux aussi le long du fleuve. En route vers la basse-ville, ils sont défaits avant d’y arriver. Montgomery est blessé mortellement. Ses hommes rebroussent chemin.

Carleton tient à mettre un terme au siège et à prévenir d’autres attaques contre la ville. Il ordonne à ses hommes d’incendier les faubourgs Saint-Nicolas et Saint-Roch et d’en chasser les révolutionnaires. Malgré les victoires des Canadiens et des Britanniques, et la confusion des assiégeants, le siège de Québec dure jusqu’en mai 1776. Les habitants vivent alors parmi les combats qui perdurent et les dommages qui en résultent.

Les assiégeants quittent bientôt la région de Québec.

Avec le temps, la vie reprend son cours à Québec, Trois-Rivières et Montréal.

La ville maritime est plus fortifiée que jamais

Lors du siège de Québec en 1775-1776, les autorités coloniales britanniques constatent l’efficacité limitée des défenses de la ville, soit le bastion du cap aux Diamants, les portes Saint-Louis, Saint-Jean et du Palais. Le siège terminé, elles ordonnent la construction de nouveaux remparts en pierre entre 1786 et 1812. Par la suite, on ajoute au système défensif les portes Hope et Prescott construites en 1786 et en 1797. De 1819 à 1832, ont lieu les travaux de construction de la citadelle de Québec.

Ville maritime fortifiée, Québec a préservé ses murs au fil des siècles. On considère aujourd’hui qu’il s’agit là de joyaux du patrimoine architectural, mémoire d’une ville au caractère unique en Amérique du Nord.

SUGGESTIONS DE LECTURE

Centenaire de l’assaut de Québec par les Américains. 31 décembre 1775, compte-rendu de la séance solennelle donnée par l’Institut canadien de Québec, le 30 décembre 1875, Québec, Imprimerie A. Côté et cie, 1876.

STANLEY, G. F.G. L’invasion du Canada, 1775-1776, Québec, La société historique de Québec, Cahier no 28, 1995.

TRUDEL, Marcel. La révolution américaine : pourquoi la France refuse le Canada, 1775-1783, Montréal, Boréal, 1976.

TRUDEL, Marcel. La tentation américaine, 1774-1783, textes commentés, Sillery, Septentrion, 2006.

 


1 TRUDEL, Marcel. La tentation américaine, 1774-1783, textes commentés, Sillery, Septentrion, 2006, p. 107.

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